Enseignement
LE MÉTIER DE PAYSAN ATTIRE TOUJOURS AUTANT

Dans un contexte incertain, où l’enchaînement de crises, aussi bien climatiques qu’économiques, vient
rebattre les cartes du monde paysan, l’enseignement agricole doit s’adapter.
Localement, les lycées agricoles témoignent d’un attrait toujours important pour le métier,
d’une diversification des profils d’élèves et d’une volonté de s’ancrer dans la vie rurale.
Ils et elles étaient 218 000 à faire leur rentrée scolaire en 2025, élèves, étudiant·es ou apprenti·es. Avec 796 établissements techniques, 19 écoles d’enseignement supérieur et 147 centres de formation d’apprentis sur le territoire français, la majorité des établissements d’enseignement agricole sont privés sous contrat avec le ministère de l’agriculture. Il existe plusieurs de ces établissements au Pays Basque, implantés sur les différents territoires : le lycée Saint-Christophe à Saint-Pée-sur-Nivelle, le CFA et le lycée Armand David à Hasparren, le lycée Frantsesenia de Saint-Jean-Pied-de-Port, le lycée Jean Errecart à Saint-Palais ou encore le lycée Agricole et Rural Privé de Soule à Berrogain-Laruns. Comme la plupart des établissements d’enseignement classiques, tous observent et vivent les changements sociétaux. Les évolutions du milieu agricole influent aussi sur les établissements scolaires du secteur, qui doivent s’y adapter.
Plus de mixité
Si le secteur agricole a été majoritairement masculin jusqu’alors, on observe une évolution significative, avec une présence plus forte des femmes à tous les niveaux. Les paysannes sont plus nombreuses et visibles sur les fermes, et cela se reflète en amont dans l’enseignement. Selon les chiffres du ministère, à la rentrée 2025, 46% des élèves étaient des filles, pour 54% de garçons, dans l’ensemble des structures scolaires agricoles. Une parité déjà observée depuis quelques années à Frantsesenia, où Iban Erguy le directeur nous fait part d’une équité dans les effectifs de classe.
De la mixité s’observe également dans les parcours des élèves, avec une plus grande place prise par les hors-cadre familiaux. Selon André Larralde, directeur du lycée Jean Errecart à Saint-Palais, “presque la moitié des élèves sont des HCF”.
Si les profils des élèves évoluent, la manière d’appréhender le parcours scolaire également. En effet, “si la majorité des élèves en parcours agricole souhaitent s’installer, ces derniers ont d’abord à cœur de poursuivre leurs études” fait remarquer Iban Erguy, “alors même qu’un baccalauréat suffit”. Les parcours de diversification attirent également, avec un intérêt pour la transformation fermière et les compléments de formation afin de maîtriser plusieurs étapes (en boucherie par exemple). “Il y a un vrai intérêt pour les filières agricoles malgré le contexte difficile” affirme de son côté Bertrand Gaufryau, directeur du lycée Armand David à Hasparren, “ce qui est rassurant car il s’agit de jeunes passionné·es et ancré·es dans leur territoire”.
Augmenter les effectifs
Les enjeux auxquels doit faire face l’agriculture sont multiples : adaptation au changement climatiques, contexte économique incertain, politiques publiques désaxées… Autant d’embûches qui pourraient en faire pâtir l’attrait pour l’enseignement agricole. Pourtant, les classes continuent à se remplir. Un objectif marqué dans la loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture (LOSARGA) du 24 mars 2025, qui fixait pour objectif “d’augmenter de 30% le nombre d’apprenants dans les formations agricoles et agroalimentaires” d’ici 2030.
Si ces objectifs de politiques publiques sont les bienvenus à l’heure où le renouvellement des générations de paysan·nes devient pressant, cette loi d’orientation a pourtant été vivement critiquée par nombre de structures paysannes. Dans un communiqué du 9 novembre 2025, le SNETAP-FSU, “organisation syndicale au service de l’enseignement agricole public et de ses personnels”, dénonçait la fixation d’objectifs nébuleux sans mise à disposition des moyens pour les mettre en œuvre. “L’augmentation [est] de 30% de jeunes accueilli·es et formé·es par rapport à 2022 dans l’enseignement agricole alors que c’est au moins 50% qui est nécessaire. Le SNETAP-FSU déplore également des coupes budgétaires qui impactent l’enseignement agricole : “ce n’est pas moins de 11% de budget en 2025 que le Ministère de l’agriculture a vu disparaître et plusieurs dizaines d’emplois en moins dans les lycées agricoles publics comme si l’on pouvait faire mieux avec moins !”
S’adapter aux enjeux
“Les lycées agricoles répondent à des besoins” affirme Bertand Gaufryau. Ces besoins sont ceux d’une profession qui nécessite de nouveaux·elles paysan·nes, mais aussi d’habitant·es acteur·ices de la vie rurale. L’enseignement agricole accompagne les élèves dans la conscientisation de ces enjeux. “Le but est de leur montrer toutes les modalités de conduite d’une exploitation” explique André Larralde. “En tant que formateur, il est important de montrer qu’il y a un avenir dans ces filières.”
Reste à motiver les jeunes et à les inscrire dans une démarche sur le terrain. À Frantsesenia, par le biais de l’appel à projets Gazteek Diote de la Communauté d’Agglomération Pays Basque, les élèves ont ainsi pu faire connaître le monde agricole à des élèves de deux écoles de Bayonne. À Armand David, l’ouverture d’une section en Euskara à la rentrée prochaine vient aussi répondre à cette volonté d’ancrage territorial. “Il s’agit de permettre aux élèves issu·es de filières bilingues ou d’ikastola de poursuivre leur cursus en ne perdant pas la langue, avec un intérêt également pour leur insertion professionnelle” témoigne son directeur. Une option longue à se concrétiser, puisque le bilinguisme n’existait pas au niveau du ministère de l’agriculture, mais qui a finalement abouti grâce à l’appui des acteur·ices locaux·les et du député Iñaki Echaniz.
LOSARGA : “un leurre”
En érigeant l’agriculture au rang “d’intérêt général majeur”, cette loi avait été qualifiée de “leurre” par la Confédération Paysanne du fait de mesures “qui ne répondent en rien aux difficultés de la majorité des paysan·nes”. Côté enseignement agricole, le sentiment est partagé par le SNETAP-FSU qui “déplore et regrette le peu d’ambition de cette loi pour le renouvellement des générations de paysan·nes”. “La loi ne règle en rien les problèmes majeurs du monde agricole” dénonce ce dernier, “rien sur le foncier pour permettre l’accès au foncier et donc l’installation de paysan·nes, pourtant nécessaires pour assurer le renouvellement des générations partant à la retraite, rien non plus pour garantir un revenu juste aux paysan·nes.”
