Emazteak laborantxan
L’IMPORTANCE DU RÉSEAU
POUR LES PAYSANNES

Emazteen Eskubideen Nazioarteko Eguna kari,
Andere Nahia elkarteak gaualdia antolatzen zuen emazte laborarientzat.
Photo: Indarra
À l’occasion du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, l’association Andere Nahia, en partenariat avec le fonds de dotation Indarra, a organisé une soirée “dédiée aux agricultrices et aux femmes engagées dans [les] territoires ruraux”. Avec environ 25% de cheffes d’exploitations recensées, la place des femmes dans les fermes n’est pas une nouveauté, même si leur statut administratif n’est pas si vieux. C’est la raison pour laquelle, avec son programme “Ensemble pour une égalité paysanne” lancé en 2020, l’association travaille sur l’égalité des genres dans le monde paysan, avec pour objectif de briser l’isolement et de créer des espaces de convergences pour les paysannes.
Une table ronde a ainsi accueilli Audrey Dubuc, paysanne dans le Gers, Florence Debove, bergère et autrice dans les Hautes-Pyrénées, et Bertand Gaufryau, directeur du lycée agricole Armand David, afin d’évoquer ensemble les défis auxquels peuvent faire face les femmes en agriculture. La soirée s’est poursuivie avec la projection d’un documentaire “Fleurir”, une narration poétique des réflexions d’une jeune femme, Amanda Meunier, réalisatrice de formation, paysanne par filiation, sur la reprise de l’élevage de vaches de sa mère à Esconnets, au coeur des Baronnies (Hautes-Pyrénées). La soirée s’est poursuivie autour d’une cantine paysanne, l’occasion pour les nombreux·ses participant·es de poursuivre les échanges.
Des défis
Les défis pour s’installer en agriculture sont grands. Quand on s’installe en tant que femme, ils peuvent être immenses. “Il s’agit souvent d’une question de légitimité” relève Audrey Dubuc, arboricultrice et apicultrice dans le Gers. Avant d’être paysanne, celle-ci était conductrice de travaux; elle connait donc bien le milieu professionnel à dominance masculin. Pourtant, cette reconversion n’a pas toujours été facile. Finalement, “c’est en faisant ses preuves et en travaillant avec envie qu’on y arrive” relève-t-elle. Malgré tout, les clichés ont la peau dure et Audrey fait référence à la bande dessinée “Il est où le patron ?” de Maud Bénézit pour raconter les fois où son statut de paysanne a été remis en question. Autre cliché, celui du tracteur, qui semble traverser le temps. Mais là aussi, la paysanne gersoise relativise : “c’est marrant de fixer la difficulté sur le plus gros engin, alors que ce n’est finalement pas le plus difficile, ni le plus intéressant.”
Mais au-delà des remarques grinçantes et des stéréotypes désuets, la question des luttes pour les droits des femmes s’ancre aussi dans un contexte où les risques de violences sexistes et sexuelles sont bien présents pour les paysannes. Florence Debove, bergère, a témoigné d’un sentiment d’insécurité encore trop souvent présent en estives.
En voie d’adaptation
Le milieu agricole change malgré tout grâce aux années de luttes féministes et syndicales d’une majorité de paysannes. Aujourd’hui, elles prennent leur place et la revendique. Comme le directeur d’Armand David l’a fait remarqué, la formation agricole s’est largement féminisée ces dernières années, avec presque la moitié des classes remplis par des étudiantes. “Le milieu agricole est en voie d’adaptation, fait-il remarquer. C’est un processus long dans lequel les enseignant·es ont leur rôle à jouer.”
Le réseau a une part importante également dans les liens qui se tissent entre paysannes. “Avec le recul, cela a été plus facile d’apprendre auprès des éleveuses” relève Florence Debove.
Près d’une centaine de personnes ont participé à la soirée, dont une grande partie de paysannes. “On voit qu’il y a un vrai besoin d’échanges et cette intimité est précieuse” explique Claire Boniface, salariée de l’association. Cette soirée se voulait également une façon d’annoncer la relance des initiatives de l’association au profit des paysannes. “Nous allons prendre le temps de construire avec elles des projets qui répondent à leurs besoins.”
