Lohitzüne
“J’ai trouvé ma place à Cancer Colère”

Edouard Exilard, Cancer Colère kolektiboan mobilizatzen da pestizidioen kontra.
Ekintza egiten dute agorrilaren 29an, Biarritzen.
Peux-tu te présenter ?
Je suis Edouard Exilard, installé depuis 1991 sur la ferme familiale à Lohitzun. J’ai fait 25 ans de conventionnel et ça fait 11 ans que je suis passé en bio. Je suis en circuit long pour le lait, en vente directe pour l’agneau, je fais aussi de l’arto gorri pour mes brebis. Je suis quasiment autonome en alimentation.
Il y a une vingtaine d’année, nous avons subi un drame dans la famille, puisque notre enfant est tombée malade et est décédée d’un cancer. En passant en bio, je me disais qu’on allait être désiré, le bio avait le vent en poupe à ce moment-là. Sauf que je me suis rendu compte que notre lait de brebis n’était pas assez rémunéré et qu’il n’y a pas de reconnaissance quand on est en circuit long des bienfaits des pratiques de la bio. C’est le seul label à ne pas utiliser de pesticides, ni d’engrais chimiques, ni d’hormones.
Tu as rejoint Cancer Colère.
Il y a un an, lorsque j’ai vu pour la première fois Fleur Breteau, atteinte d’un cancer, pousser une gueulante dans les couloirs de l’Assemblée Nationale contre la loi Duplomb, je me suis dit qu’elle était aussi en colère que moi. Je me suis aperçu qu’il y avait des antennes du collectif Cancer Colère qui existaient un peu partout, dont une sur la côte basque. Je l’ai rejointe et nous sommes depuis une dizaine. Nous avons participé à une conférence à EHZ et avons fait une réunion publique à Gabat, en y rencontrant de nouvelles personnes, dont des professionnel·les du corps médical.
Je le vois autour de nous, il y a de plus en plus de paysan·nes malades, de paysan·nes suicidé·es, et c’est une omerta complète. Personne ne parle du fait que les pesticides ont des effets néfastes sur la santé des paysan·nes, des consommateur·ices et sur la biodiversité. J’ai trouvé ma place à Cancer Colère pour dire les choses telles qu’elles sont. Car pour moi, si on veut qu’un jour l’agriculture biologique soit reconnue et aidée par les pouvoirs publics, il faut faire peur aux consommateur·ices.
Vous vous mobilisez samedi 29 août à Biarritz.
Nous souhaitons dénoncer le vote de deux sénateur·ices du Pays Basque en faveur de la loi “Duplomb 2”, la loi d’urgence agricole, qui permet la réintroduction de deux pesticides néonicotinoïdes. Il s’agit là de montrer du doigt les allié·es du cancer et que les gens voient qui ils sont. Les sénateur·ices Max Brisson et Denise Saint-Pé ont voté pour cette loi au Sénat et il faut les dénoncer. Ils n’écoutent pas les scientifiques, et peu importe les effets, préfèrent suivre les lobbies.
Cancer Colère organise aussi une mobilisation le 3 octobre dans l’Eure, avec la Confédération paysanne et les Soulèvements de la Terre, devant une usine de production de pesticides.
Le 19 octobre, la loi Omnibus sera votée au Parlement européen. Si elle passe, cela permettra après une mise sur le marché d’un pesticide, que son autorisation ne soit plus revalidée tous les cinq ans comme c’est le cas jusqu’à présent, mais qu’il soit autorisé à vie et ne soit plus recontrôlé. Secrets Toxiques, une coalition d’associations environnementales qui luttent contre les pesticides, a rassemblé plusieurs parents d’enfants malades, décédés ou en rémission, pour faire des prises de parole devant les député·es européen·nes pour essayer de les convaincre de ne pas voter cette loi. On aura l’occasion de s’exprimer devant les parlementaires européens et notamment devant le commissaire à l’agriculture.
Avec Cancer Colère Pays Basque, nous avons aussi l’intention d’alerter les élu·es du coin, de faire des expositions à la médiathèque de Saint-Palais et sur la côte. Des magasins participatifs de consommateur·ices en Béarn souhaitent aussi diffuser la vidéo de Blast, média indépendant qui était venu chez moi faire un reportage sur le sujet.
« Nous souhaitons dénoncer le vote de deux sénateur·ices du Pays Basque en faveur de la loi Duplomb 2. »
Edouard Exilard
Tu es le seul paysan dans les groupes dans lesquels tu te mobilises, tu fais donc des liens ?
Dans mon cas, je me trouve à deux endroits : j’ai été paysan en conventionnel avant de passer en bio, mais j’agis aussi en tant que personne qui a subi un drame dans la famille et qui a connu les hôpitaux pédiatriques. Dans ces groupes, il y a des gens déconnectés des réalités agricoles, mais qui se posent des questions. Je ne comprends pas qu’il ait fallu attendre 2026 avant que des citoyen·nes et le corps médical réagissent sur les pratiques du conventionnel. Depuis les années 90, le nombre de cancers a doublé.
Que dirais-tu aux personnes en conversion ou qui souhaitent s’installer en bio ?
En 2025, pour la première fois, il n’y a presque plus de conversions, et il y a moins de fermes et de surfaces en bio que l’année précédente. Les budgets dédiés à l’aide à la conversion ne sont plus consommés et sont transférés pour les assurances récoltes ou pour acheter des engrais chimiques moins chers, au lieu de les transférer pour le maintien de l’AB, aide qui nous a aussi été enlevée. Et avec la flambée des charges, on ne s’en sort plus. C’est difficile d’en vivre. En étant en bio, quand je dois biner mon maïs, c’est le moment où je suis le plus en colère. Cela demande énormément de travail, mais au moins tu n’es plus entouré de produits dangereux. Je préfère ne pas avoir un bon bilan économique mais être en bonne santé. Et les gens du corps médical le disent, “la première pharmacie, c’est le bio”.
