Ahatsa
« Je pense que l’immunité s’acquiert et se renforce »

Xabi Harlouchet Ahatsan instalatua da behi esnadunekin.
DNC eritasunaren politika sanitarioa eta bere troparen txertatzea aipatzen dauku.
Peux-tu présenter la ferme ?
Je suis installé sur la ferme familiale à Ahaxe en GAEC avec mon frère. Nous élevons 25 vaches laitières de race Montbéliarde sur une SAU de 28 hectares, avec un système de séchage en grange et de transhumance durant deux mois et demi sur l’estive Egurgi. Nous transformons plus de la moitié de la production laitière en pâte pressée cuite de 25kg et en petits fromages type reblochon que nous vendons en direct. Notre ferme est en agriculture biologique et nous adhérons également à la charte fermière Idoki.
Pourquoi es-tu membre de Behi Taldea d’ELB ?
Je suis membre d’ELB depuis que je suis installé. J’ai commencé avec Gazte Taldea, puis j’ai suivi la commission installation et depuis deux ans, je fais parti de Behi Taldea. C’est une commission active et il y a beaucoup de sujets autour de l’élevage bovin, particulièrement sur le plan sanitaire. J’apprécie aussi toute la démarche intellectuelle et la réflexion qui est menée collectivement dans le groupe. J’ai toujours pensé qu’on apprenait des autres, donc ça permet d’échanger et de se donner aussi des conseils techniques entre éleveur·ses.
Comment tu vis la situation sanitaire actuelle ?
J’ai été révolté de voir la répression policière exercée par l’État sur les paysan·nes. Les images largement relayées sur les réseaux sociaux m’ont mis très en colère.
Lorsque nous sommes entré·es en zone vaccinale en décembre, avec mon frère, nous étions d’abord très réticents. Chez nous, on fait des vêlages groupés, c’est-à-dire que nos vaches vêlent à la descente des estives de début septembre à fin octobre. Les mois de décembre et de janvier sont donc une période délicate : nous inséminons à partir du 20 novembre afin qu’en janvier toutes nos vaches soient gestantes. Notre principale crainte était que le vaccin fasse avorter nos vaches et anéantisse le travail mené en amont pour réussir la reproduction. D’un autre côté nous savions que le vaccin répondait à une urgence et pouvait être une carte forte à jouer pour aller vers une révision du protocole d’abattage total. Nos vaches ont donc été vaccinées le 28 décembre.
« Pour moi, la clé est de travailler sur la rusticité et l’immunité. »
Xabi Harlouchet
As-tu observé des effets secondaires ?
Les premiers effets secondaires sont apparus à J+8. Des gonflements au point d’injection, avec pour neuf de nos vaches, une inflammation impressionnante, une baisse de l’appétit, de la production laitière, et une montée de fièvre durant quatre jours. Nous avons tout noté sur un tableau : pour chacune de nos vaches, quels effets secondaires ? À quelle date ? Nous avons pris et noté la température chaque jour afin d’observer au plus près les effets du vaccin. Au bout de trois-quatre jours, la fièvre est redescendue et l’appétit et la production laitière sont revenus à la normale. Ce 13 janvier, nous sommes à J+17. Bien que diminués, cinq vaches portent encore des oedèmes au cou. À la date du vaccin, 24 adultes étaient inséminées entre 5 et 40 jours. Nous verrons la suite aux échographies de fin janvier.
Qu’as-tu mis en place pour les aider à supporter la vaccination ?
Chaque année, nous avons l’habitude booster l’immunité de nos vaches en novembre pour la période de reproduction, avant et après le vêlage, avec une cure d’huile de foie de morue et une augmentation des apports en minéraux dans la ration. Nous leur avons aussi administré un traitement homéopathique deux jours avant la vaccination : Apis mellifica sous forme de granules que l’on met dans les abreuvoirs. Cela est très utile notamment pour éviter une inflammation importante après une piqûre d’abeille. Je constate malgré tout que nos vaches ont quand-même réagi à ce vaccin, plus que ce que je ne pensais.
Dans un contexte sanitaire tendu, comment vois-tu la suite pour l’élevage ?
Je pense que des maladies comme la DNC, il y en aura encore. Pour moi, la clé est de travailler sur la rusticité et l’immunité. Je pense que l’immunité s’acquiert et se renforce. Si on ne travaille pas en ce sens, les animaux resteront fragiles face aux autres maladies. De plus, soutenir les animaux par des apports en minéraux et oligo-éléments sont la clé d’une immunité forte qui se transmet également aux nouveaux-nés. Récemment, Behi taldea a été à l’initiative d’une formation menée par BLE sur l’immunité de la vache vis-à-vis de la tuberculose, mais elle peut s’adresser à toutes les maladies finalement. Ce type de formation est très intéressant, parce qu’on en apprend toujours et finalement on se rend compte que ce n’est pas sorcier à mettre en place.
