Agriculture biologique
LA BIO DE NOUVEAU LA CIBLE
DU GOUVERNEMENT

Gobernuak berriz Biologiko Agentzia kentzea mehatxatzen du,
laborantxa biologikoak sustengua baizik behar duelarik.
C’est un désagréable sentiment de déjà-vu pour les paysan·nes et la filière biologique dans son ensemble. Dans le cadre de la feuille de route gouvernementale de simplification de l’action publique, une nouvelle tentative de supprimer l’Agence Bio voit le jour. La Fédération nationale d’agriculture biologique (FNAB) a évoqué une (timide) reprise de la consommation en biologique pour la dernière année. Des efforts dans le sens d’un soutien de la filière devraient alors logiquement être mis en œuvre. Pourtant, les structures en agriculture biologique déplorent une nette marche arrière. Alors que l’aide au maintien en agriculture biologique (MAB) a été tout bonnement supprimée l’année dernière, les offensives contre l’agriculture biologique semblent reprendre de bon train en ce début d’année 2026. Des annonces vécues comme “une provocation pour les paysannes et paysans concernés” a dénoncé la Confédération Paysanne.
Suppression de l’Agence bio
L’Agence Bio est de nouveau menacée de suppression. Si le gouvernement actait cette mesure, ses compétences seraient intégrées au sein de FranceAgriMer et de l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao). “Ces hypothèses, si elles devaient se concrétiser, enverraient un signal extrêmement préoccupant à l’ensemble des acteurs de la filières” ont exprimé plusieurs organisations bio dans un courrier commun adressé à la ministre de l’Agriculture Annie Genevard. Ces dernières ont rappelé l’importance de l’Agence dans la structuration et le pilotage de l’agriculture biologique en France, face à ce nouveau désengagement du gouvernement dans l’accompagnement de la filière biologique. Pour la Confédération Paysanne, ces annonces “constituent un signal politique grave envoyé aux paysannes et paysans engagés en agriculture biologique”. Elle rappelle que la filière “reste fragile et conditionnée à la stabilité et à la lisibilité des politiques publiques”. Localement, “BLE fait corps avec le courrier envoyé par les structures” rapporte Nicolas Mendiboure, président du Civam Bio du Pays Basque. “Diluer la valorisation de la bio en supprimant l’Agence est un signal néfaste pour la filière.”
Un budget raboté
Suppression de la MAB, réaffectation du reliquat CAB en dehors de la bio, réduction du Fonds Avenir Bio, coupes budgétaires successives qui paralysent les missions de l’Agence Bio… “Cette accumulation de décisions s’inscrit dans un abandon méthodique de la bio, sacrifiée au profit d’une logique de libre-échange et de court terme, en totale contradiction avec les enjeux de souveraineté alimentaire, de protection de l’eau, de réduction des pesticides et de planification écologique” a vivement dénoncé la Conf’. S’ajoute à cette longue liste une dernière désillusion, celle de voir le budget alloué au crédit d’impôt bio finalement stagner à 4 500 €, alors que son augmentation à 6 000 € avait été initialement votée à l’Assemblée Nationale et au Sénat. Un énième coup de théâtre du gouvernement Lecornu, permis par le passage en force de son budget 2026 en engageant sa responsabilité par le biais de l’article 49.3 de la Constitution.
“Cette accumulation de décisions s’inscrit dans un abandon méthode de la bio, sacrifiée au profit d’une logique de libre-échange […] en totale contradiction avec les enjeux de souveraineté alimentaire”
Un peu de cohérence
Alors que dans son rapport de 2022 la Cour des comptes a recommandé de conforter l’Agence bio et ses actions, en rappelant notamment l’intérêt majeur de l’agriculture biologique pour l’environnement et la santé publique, les organisations bio dénonce “une incertitude profonde” causée par ces attaques contre l’Agence. Pour la Conf’, le Gouvernement doit “cesser les effets d’annonce et les discours de façade” et l’invite à “engager une politique publique réellement ambitieuse en faveur de l’agriculture biologique”. Parmi les mesures préconisées par le syndicat paysan : la remise en place de la MAB, “une nécessité pour sécuriser durablement les fermes bio”.
