Confédération Paysanne
« Nous voulons anticiper
et être organisé·es »

Var eskualdeko Nina Lejeune Confédération Paysanneko idazkari nagusia da.
Sindikatako hiltze orokorraren kontrako lana aipatzen du.
Peux-tu revenir sur le contexte général lié à la DNC ?
Nous étions mobilisé·es devant le Sénat contre la loi Duplomb le jour où nous avons su qu’il y avait un premier cas de foyer de DNC dans les Savoies. Une semaine plus tard, un CNOPSAV (Conseil national d’orientation de la politique sanitaire animale et végétale) était organisé en urgence, où des scientifiques, tous du même bord, ont appuyé le protocole proposé par le gouvernement basé sur l’abattage total. Nous nous sommes immédiatement positionné·es contre. Nous avons d’abord été les seul·es à nous opposer à l’abattage total imposé par l’État. Quand les blocages pour empêcher les abattages totaux ont commencé, nous nous sommes mobilisé·es en travaillant à amener les scientifiques et les vétérinaires avec nous pour dénoncer ce protocole intenable sur le terrain. Nous avons aussi remarqué un grand manque de communication de la part des services de l’État auprès des éleveur·ses. Au niveau de la Conf’ nationale, nous avons donc mis en place des réunions afin d’expliquer la réglementation.
Quel a été le tournant de cette crise selon toi ?
Au moment de la déclaration du foyer dans le Doubs, sur un élevage vacciné depuis plus d’un mois. L’État ne nous indiquait pas clairement si, à partir du moment où les élevages étaient vaccinés, le recours à l’abattage total allait être maintenu ou non. Le tournant a été celui de l’abattage de ce troupeau, alors qu’il y avait un blocage de la Conf’ et la CR et où les personnes mobilisées sur place ont été dispersées à coups de lacrymo. Peu de temps après c’était en Ariège. La crise a commencé à toucher des départements où les colères de 2024 avaient été fortes. On y a vu une convergence de tous les syndicats, qui ont réussi à travailler ensemble à la proposition d’un protocole alternatif. Le rapport de force a alors changé. Toutes ces mobilisations ont permis que le dossier soit retiré des mains de la ministre de l’Agriculture et que l’on obtienne un rendez-vous avec le Premier ministre. Cette rencontre, notamment parce qu’il y avait le ministre du Commerce extérieur, nous a conforté dans l’idée que cette politique – violente et sans concertation avec le monde agricole – était menée pour sauver à tout prix le statut indemne et en aucun cas pour sauver l’élevage en France.
Qu’en est-il du déclassement de la maladie ?
On a du mal à savoir comment et pourquoi la DNC a été classée en A. C’est une maladie avec laquelle certes il peut y avoir de la mortalité dans les troupeaux, mais qui n’est pas transmissible à l’humain, qui est vectorielle, sans contamination directe, mais par l’intermédiaire de vecteurs. Nous ne souhaitons pas que la maladie s’installe ici, mais on considère qu’il faut laisser une chance aux éleveur·ses d’avoir un peu de recul, et cela ne se fait pas en abattant. Un des points centraux à dénoncer de cette politique commerciale est le fait que la ministre n’a pas pris les devants pour négocier avec les importateurs comme l’Italie et l’Espagne, qui absorbent plus de 90% des bovins vivants du territoire. On ne serait pas dans cette situation s’il y avait pu y avoir ces négociations, d’une part bilatérales, mais aussi au niveau européen. Le déclassement de la maladie est la solution pour ne plus recourir à l’abattage total.
« Une politique sanitaire ne peut pas être efficace si elle n’est pas comprise et acceptée sur le terrain.«
Nina Lejeune
Quelle position a la Conf’ sur la vaccination ?
Ce vaccin est depuis longtemps utilisé en Afrique du Sud, donc il y a quand-même des retours sur son efficacité. Sur le terrain, il y a eu un bon accueil de la vaccination en Savoie. Au final, il s’agit surtout de protéger les animaux de l’abattage total et pas seulement de la maladie. Ce que l’on porte, c’est l’accès de toutes et tous à la vaccination. On sait qu’à partir d’un certain pourcentage de cheptels vaccinés, l’immunité collective est atteinte. Cela laisse la possibilité à certain·es qui ne souhaiteraient pas vacciner de ne pas le faire. Le positionnement de la Conf’ a toujours été sur une ligne de crête et cela faisait partie des éléments de négociations avec l’administration. Nous nous sommes positionné·es sur l’élargissement de la vaccination pour tous·tes avec comme objectif la fin de l’abattage total. Mais il y a quand-même des éleveur·ses qui aimeraient avoir accès à la vaccination pour protéger leurs troupeaux et qui aujourd’hui n’y ont pas accès, ce qui n’est pas normal.
Quelle suite donner aux mobilisations ?
Nous avons toujours gardé comme revendications principales la lutte contre l’abattage total et l’opposition au Mercosur. Je pense que nous nous sommes démarqué·es parce que nous avons su être force de proposition. Nous avons insisté sur l’importance de travailler sur la recherche et les tests. Maintenant, nous travaillons sur un protocole alternatif. Nous craignons que la DNC reprenne au printemps et on sait que l’État manque toujours d’anticipation face aux crises sanitaires. Nous voulons anticiper et être organisé·es si de nouveaux foyers étaient déclarés, et avec eux la menace de nouveaux abattages. Ce qu’on a depuis le début vivement critiqué est le manque de concertation avec la profession agricole. Une politique sanitaire ne peut pas être efficace si elle n’est pas comprise et acceptée. Il faut absolument trouver un compromis entre ce qui est idéal sur le papier et ce qui est faisable sur le terrain.
