C’est le modèle fermier qui me permet de tenir”

Mattéo Villatte Arruetan plantatu da oilasko biologiko, arroltze ekoizpen, gaskoi xerri eta haragitako ardi buru beltzekin.

Peux-tu te présenter ?
J’ai fait un bac général scientifique et une école d’ingénieur à Toulouse. J’avais depuis tout petit dans un coin de ma tête l’idée de m’installer en agriculture parce que c’était ce qui me plaisait par-dessus tout. L’école d’ingénieur ne me plaisait pas et j’ai décidé d’arrêter. J’ai fait un BTS ACSE à distance et je suis allé en stage sur la ferme Iparla à Arrosa. C’était super pour me lancer et ils m’ont beaucoup aidé par la suite. Je savais déjà que je voulais m’installer en volaille : sans avoir de foncier, c’est ce qui me permettait de me projeter le plus facilement et je savais il y avait de la demande. Pour m’installer, je me suis tourné assez naturellement vers Laborantza Ganbara et j’ai été appuyé par les délégué·es foncier d’ELB en comité Safer. Ce sont ces structures qui soutiennent plutôt les installations hors-cadre, sur des petites fermes.

Comment t’es-tu installé ?
Ma principale acquisition a été en 2024, avec l’appel à candidature de Lurzaindia. J’ai obtenu 10 hectares sur de très bonnes terres. Ça m’a permis de fortifier mon installation, qui jusqu’alors était encore un peu bancale, car j’avais vraiment besoin d’un espace d’un seul tenant où faire le principal de mon activité. En même temps, j’ai pu acheter 4 hectares de friche en haut d’Arraute pour les brebis et j’ai récupéré une quinzaine d’hectares à Domezain pour les cultures, le séchage et les poules pondeuses. En tout, j’ai 23 hectares de SAU à Arraute. Ma partie élevage est ici : les poulets, les cochons à deux kilomètres et les brebis jonglent entre les différentes prairies autour. J’ai loué une bergerie pour l’agnelage mais sinon, les brebis sont toujours dehors. L’été, je les transhume à Etsaut, en vallée d’Aspe.

Comment t’organises-tu ?
Mon atelier principal est la production de poulets fermiers bio entiers. J’ai sept cabanes : deux qui sont toujours en vide sanitaire, deux qui sont en poussinières et trois qui sont avec les poulets en élevage plein air. Je rentre des lots de 400 poussins toutes les trois semaines et ça me fait des abattages d’à peu près 130 poulets par semaine. Je fais les abattages tous les lundis. C’est mon atelier principal au niveau chiffre d’affaire. J’ai aussi des poules pondeuses.
À côté, j’ai des porcs gascons. J’achète les porcelets à deux mois et je fais l’engraissement. Ils sont dans des parcours de landes et de sous-bois. J’en transforme une trentaine par an, en deux ou trois lots, le tout en colis de frais que je vends en amap, aux particuliers, en magasins, et je fais une livraison sur Toulouse et une sur Bordeaux à des particuliers.
J’ai aussi des brebis viande en têtes noires. Je fais des agneaux lourds. Je les ai prises à la base surtout pour valoriser les prairies. Comme je suis encore en train de monter le troupeau, je garde pour l’instant toutes les femelles, j’en ai 200. Sur cet partie-là, je n’ai pas trop le temps de faire de la vente directe, donc je les envoie au maquignon. Sur la commercialisation, pour les poules pondeuses c’est facile ; je n’ai qu’un point de vente à Baserria à Saint-Jean-de-Luz. Ce qui me prend beaucoup de temps, c’est la commercialisation des poulets. Je vends en magasins, mais aussi à pas mal de particuliers en livraison à la maison. Je livre aussi avec Basaburuko Saskia à Itsasu et je fais de la vente dans 22 Amap.

Es-tu autonome ?
Je le suis à 100%. Ce qui me faisait défaut jusqu’à présent était la partie stockage et transformation des céréales, mais cela va se stabiliser avec la location à Domezain. Je pense que la clé de mon système est l’autonomie et le fait de maîtriser la production de A à Z. Après, je reçois les poussins à un jour, c’est le seul fournisseur dont je dépends, mais sur le reste je suis autonome sur tout : l’élevage, les céréales, l’abattage, la transformation et la vente. J’ai aussi intégré Xuhito. C’est un super projet.

Que penses-tu des problématiques sanitaires successives ?
On subit les situations sanitaires, c’est sûr. Sur la volaille, c’est la biosécurité, les aléas de la grippe aviaire… J’ai participé à l’expérimentation plein air. Il s’agissait d’un accompagnement pour comparer et valoriser les pratiques de chacun·e ; des pratiques dites “illégales” parce que ce sont des alternatives aux normes de biosécurité qui sont communes à la partie industrielle et la partie fermière, qui n’ont pas de différenciation. Nous justement, on veut des réglementations qui soient adaptées au plein air, qui a de nombreuses vertus sanitaires. Nous avons des pratiques qui pour l’instant sont réprimées, mais que tous·tes les fermier·es mettent en place. Il faut qu’elles soient acceptées. C’est primordial de continuer à les défendre.

Un conseil pour quelqu’un qui voudrait s’installer ?
De foncer et de tenter, mais il faut savoir que la réalité n’est pas facile derrière. Je n’ai pas eu d’énormes surprises en m’installant, mais des aléas, il y en a forcément. D’être bien accompagné aussi. Je remercie tout mon entourage pour m’avoir soutenu dans mon installation. Pour rien au monde je ne reviendrais en arrière. Je n’avais rien au départ, et le modèle de production fermière en vente directe est le seul modèle qui me permette d’être viable aujourd’hui. C’est vraiment le modèle fermier qui me permet de tenir, mais aussi d’envisager l’avenir plus sereinement.

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