Urketa
“On se démarque par notre diversité végétale”

Élise Tinel eta Gaël Parotek landare eta zuhaitz dibertsitate handi bat sortzen dute
beren mintegian, GaËlise, Urketan.
Pouvez-vous vous présenter ?
Gaël : J’ai grandi dans la maison au-dessus de ce terrain, à Urcuit. Vers l’âge de 20 ans, je me suis passionné pour le potager. J’ai réfléchi un temps à faire du maraîchage, mais à l’époque les cours axés sur le modèle de micro maraîchage n’existaient pas encore vraiment. J’ai d’abord été éducateur spécialisé. J’animais un atelier nature et jardin dans lequel on permettait aux enfants de regagner confiance en leurs capacités d’apprentissage. Ça m’a permis de lier ma passion et mon emploi. Quand j’ai rencontré Élise, j’avais déjà bien avancé sur l’aménagement de cette parcelle. On a décidé de s’installer et de monter une pépinière.
Élise : J’ai toujours été passionnée par le jardin et à tout ce qui a attrait au vivant. J’avais des grands-parents agriculteurs mais sur un modèle qui ne correspondait pas à ce que je voulais faire. J’ai aussi une formation d’éducatrice et je faisais des animations environnementales en me servant du vivant comme support pédagogique. J’ai ensuite passé un bac pro puis un DU en transition agroécologique paysanne avec l’envie de transmettre ce que j’apprenais et de faire pousser des plantes en donnant aux prochaines générations une terre plus riche.
Comment est votre ferme ?
G. : La pépinière existe officiellement depuis janvier 2023 et on est accompagné·es par EHLG depuis 2022. Je suis exploitant agricole individuel et Élise compagne-collaboratrice. Nous allons créer un GAEC rapidement pour pérenniser la structure. Le terrain fait un 1,3 hectares et on a des landes forestières à l’intérieur, donc on a à peu près 9000 m2 de surface cultivable.
E. : On a deux ateliers très complémentaires. Gaël s’occupe des arbres fruitiers, des arbustes, des lianes et des plantes compagnes, donc tout ce qui est ligneux, avec la greffe, les plantations, les ventes en racines nues, les ventes en pots. Moi je m’occupe des plants potagers, aromatiques, médicaux et floraux, annuels et vivaces.
G. : On a une approche agroécologique avec une production extrêmement diversifiée mais en faibles quantités. On cible sur l’alimentaire, le condimentaire et la biodiversité pour la partie fleurs.
Comment commercialisez-vous ?
E. : On accueille le public sur rendez-vous ou tous les samedis matins de mi-avril à juillet, puis de septembre à janvier. On fait aussi des marchés et des fêtes ponctuelles, qui sont un bon moyen de nous créer une clientèle.
G. : On a un site internet qui a permis de donner une vitrine à la pépinière pour celles et ceux qui cherchent des variétés locales et anciennes. Dès le départ, on s’était dit qu’on ne voulait pas mettre tous nos oeufs dans le même panier et qu’une spécilisation était aussi un risque. On voulait, parce qu’on aime la diversité, aussi faire pousser des plantes qui viennent de loin et qu’on adapte. Ça permet à des gens de venir trouver des choses plus spécifiques. Notre objectif est justement d’éprouver les plantes que l’on propose dans notre gamme, de les adapter et les rendre robustes, et d’arriver ainsi petit à petit à faire notre place par la qualité des végétaux que l’on propose.
E. : C’est aussi une difficulté pour mettre un prix sur les plantes : il y a la valeur réelle et il y a la valeur que les gens sont prêts à payer. On a envie d’accompagner tout le
monde : on ne veut pas que les plants soient réservés à une élite qui a les moyens de se les payer, et à la fois, on ne peut pas vendre les plantes à un euro parce que sinon, c’est nous qui ne nous payons pas.
“Nous voulons des semences populations, diversifiées, qui soient résilientes et qui amènent une sécurité de production”
Gaël Parot
Vous êtes aussi très impliqué·es dans l’associatif…
G. : Élise a fondé l’association Bio Divers Cité à Biarritz en 2018 et on fait partie de Hazi Sarea et du GIEE Semences Paysannes Potagères, un regroupement de huit fermes du Pays Basque et du Béarn liées pour la production de semences. L’intention est de défendre la biodiversité cultivée dans son ensemble, par le maintien de variétés anciennes et d’une production plus autonome par les paysan·nes de leurs semences, en fédérant tous·tes les acteur·ices qui s’en occupent.
E. : Ce qui nous passionne, c’est que les plantes vont s’adapter non seulement au climat mais aussi à la façon de les cultiver. Ça va à l’inverse de l’agroindustrie qui essaye d’imposer des semences F1 qui vont avoir une grande homogénéité. Elles ont certes une efficacité sur certains points, mais aucune arme génétique pour faire face aux accidents climatiques de plus en plus nombreux.
G. : La question de la semence est cruciale. On mise sur la sécurité plus que sur la performance parce que la nature mise plutôt sur la robustesse et l’économie que sur l’individu ultra-performant. Nous voulons des semences populations, diversifiées, qui soient résilientes et qui amènent une sécurité de production. C’est toute la question des NTG (nouvelles techniques génomiques) que l’on veut aujourd’hui nous imposer. Seulement, la nature a une capacité d’adaptation très grande : on peut inventer la meilleure des semences qui soit, il y aura toujours un organisme qui s’y adaptera rapidement.
E. : Le 22 mars prochain a lieu Hazi Azoka, la grande bourse d’échanges de semences paysannes, à laquelle le public est invité à s’investir pour pouvoir proposer de plus en plus de semences. Finalement, la meilleure manière de conserver un patrimoine et des semences, c’est de les resemer chaque année.
