Libre-échange
UE-AUSTRALIE : UNE NOUVELLE TRAHISON

Un nouvel accord de libre-échange a été conclu entre l’Union européenne et l’Australie ce début de semaine. Alors que celui avec les pays du Mercosur entrera provisoirement en vigueur le 1er mai, cette nouvelle entente, facilitant l’entrée sur le marché européen de viande bovine et ovine moins chère et de moins bonne qualité, est un nouveau coup porté à la rémunération des paysan·nes.
C’était il y a deux ans : en 2024, une trentaine de paysan·nes s’introduisaient dans l’Intermarché d’Hasparren pour sortir des rayons les gigots d’agneaux en provenance de Nouvelle-Zélande. La mobilisation dénonçait les retombées économiques de l’accord commercial adopté tout juste un an auparavant par l’Union européenne. Le 23 mars dernier, il y avait un amer goût de déjà-vu, alors que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, annonçait l’application provisoire de l’accord commercial avec les pays du Mercosur à partir du 1er mai. Le même jour, elle se rendait en Australie pour sceller les négociations du prochain accord commercial. Lancées en 2018, les discussions de cet accord ont fait l’objet de tensions, avec en première ligne la question du volume de viande bovine et ovine qui se verrait exempté de droits de douane sur le marché européen. Les paysan·nes craignent une nouvelle concurrence déloyale.
Business as usual
Si cet accord est pour l’Union européenne une manière de diversifier ses partenaires commerciaux, cette stratégie du business as usual se fait de toute évidence une fois de plus au détriment des paysan·nes. Le souhait de l’UE de se détacher de la main-mise états-unienne et chinoise sur son marché l’a amenée récemment à multiplier les accords de libre-échange, d’abord avec le Mercosur, dont l’application provisoire vient d’être officialisée, mais aussi avec l’Inde, et maintenant avec l’Australie. “En cette période de tensions géopolitiques croissantes, nous devons nous rapprocher de partenaires qui partagent nos valeurs et notre vision d’un ordre mondial fondé sur des règles. C’est pour cela que je suis en Australie aujourd’hui” a communiqué la Présidente de la Commission européenne dans une tribune parue dans plusieurs journaux européens, dont Ouest-France. Dans ce partenariat “en matière de sécurité et de défense”, les intérêts de l’UE son multiples. L’un d’eux réside dans un accès plus large à l’achat de matières premières comme le lithium et le cobalt, tandis que l’Australie profiterait d’un accès plus large au marché européen pour sa viande bovine et ovine.
Discrètes négociations
“Cet accord mettra fin aux droits de douane sur la plupart des échanges entre l’UE et l’Australie et pourrait faire augmenter le PIB européen de 4 milliards d’euros d’ici à 2030” a affirmé von der Leyen. Si cet accord s’est élaboré sans grand bruit, les reproches sont les mêmes que contre le Mercosur : un élevage reposant sur des pratiques interdites sur le sol européen, le recours à des hormones de croissance pour les animaux, un bien-être animal non considéré… Et des impacts directs pour les producteur·ices qui se retrouveront considérablement lésé·es par une marchandise moins chère et de moins bonne qualité.
Dans une lettre ouverte au président de la République, l’interbev (interprofession bétail et viande) a exigé “l’exclusion des viandes bovine et ovine du champ des négociations commerciales”. Alors que l’Australie réclamait quant à elle un accès pour un minimum de “50 000 tonnes de viande bovine et 67 000 tonnes de viande ovine et caprine”, les conclusions de l’accord rendues le 24 mars relativisent ces derniers chiffres. Par ailleurs, une clause de sauvegarde bilatérale, similaire à celle établie avec les pays du Mercosur, sera déclenchable pour les “produits agricoles sensibles”.
Défendre une production locale
Avec un prix de l’agneau de lait vif approchant les 5€/kg, “les prix n’ont presque jamais été aussi hauts” fait remarquer Beñat Etcheto de la commission ovine d’ELB, “il serait dommage que cette embellie soit gâchée par l’entrée de produits moins chers sur le marché”. Pour Battitta Baqué, directeur de la coopérative Axuria, “ce sont des marchés qui entrent à des périodes concurrentes aux nôtres. Si nous avons tout-de-même un produit de niche avec l’agneau de lait, cet accord est inquiétant”.
La Confédération paysanne, lors du Salon de l’agriculture, alertait déjà sur ce nouveau danger pour l’élevage ovin et rappelait l’importance de rompre avec le libre-échange afin de garantir des prix rémunérateurs aux paysan·nes. “Ces tractations interviennent alors que le monde agricole est confronté à la spéculation sur les prix de l’énergie et de son impact sur les coûts de production. Un signal supplémentaire qui ne fera que renforcer le durcissement des colères agricoles” a-t-elle dénoncé mardi 24 mars. Alertant “sur les multiples passages en force antidémocratiques de la part de la Commission européenne”, la Conf’ a appelé à se mobiliser dans les prochains jours. “Il est vital de mettre fin à la mise en concurrence des produits agricoles du monde entier.”
UE-MERCOSUR : une application provisoire
La Commission européenne a annoncé, le 23 mars, que l’accord commercial conclu avec les pays du Mercosur s’appliquera provisoirement à partir du 1er mai, période à laquelle le bloc sud-américain aura achevé les procédures de ratification.
La clause de sauvegarde agricole, dénoncée comme paravent par ELB, a elle été publiée au Journal officiel de l’UE : “Les entreprises, les consommateurs et les agriculteurs de l’UE peuvent ainsi commencer à profiter immédiatement des avantages de l’accord, tandis que les secteurs sensibles de l’économie de l’UE sont pleinement protégés par des mesures de sauvegarde solides”.
L’accord UE-Mercosur n’est pour autant pas définitif. Le Parlement européen, qui doit encore se prononcer, a suspendu ses travaux en janvier et a sollicité l’avis de la Cour de justice de l’UE sur la compatibilité du texte avec les traités européens. Une procédure qui pourrait prendre jusqu’à deux ans.
