Aléas climatiques
Canicule : les paysan·nes
à l’épreuve du climat

Azken beroteek kalte handiak egin dituzte ekoizpen guzieri, izan hazkuntzan ala landare ekoizpenetan. Gertakari larria eta kezkagarria geroari begira.
Après de fortes chaleurs déjà recensées début juin, nous avons vécu la première canicule de l’année, alors que l’été ne fait que commencer. L’épisode d’extrême chaleur des derniers jours a eu pour effet de rappeler une évidence que les paysan·nes, comme le reste de la population, ne peuvent mettre à distance : le réchauffement climatique s’accélère et apporte avec lui son lot d’aléas, de plus en plus fréquents. Si la sécheresse de 2022 avait mis en lumière la difficile situation que les paysan·nes risquent de vivre plus souvent les prochaines années, la canicule de 2026, par sa forte précocité, vient bousculer les filières et les productions d’Iparralde. Comment s’adapter à d’aussi fortes chaleurs en pleine saison des foins ? Comment anticiper et prévenir les dégâts en productions végétales ? Comment tenir avec suffisamment d’eau le reste de l’été lorsqu’il ne pleut pas et que les cours d’eau sont à des niveaux déjà anormalement bas ? Des problématiques auxquelles les paysan·nes font face, parfois démuni·es, et desquelles les politiques restent souvent déconnectées, voire irresponsables, à l’image de la loi d’urgence agricole et de sa politique délétère en matière de gestion et de gouvernance de l’eau. Pourtant, le climat n’attend pas les atermoiements des débats parlementaires pour se réchauffer. Et les paysan·nes avaient déjà besoin hier d’une politique ambitieuse de prévention et d’adaptation.
Des dégâts importants
Les dégâts recensés par l’épisode de très forte chaleur sont nombreux. Avec des températures dépassant allègrement les 40 degrés durant de longues heures, pas une seule production n’a été épargnée par l’épisode caniculaire de la semaine dernière. Certain·es éleveur·ses ont perdu jusqu’à 60% de fourrage, les pâtures ont brûlé, les animaux restés à l’intérieur pour les protéger du soleil doivent être nourris avec les réserves de l’hiver. En productions végétales, le soleil a cuit les fruits et brûlé les feuilles, parfois même des bactéries et chenilles ont profité de la catastrophe, comme en PPAM. Du jamais vu pour Miren Harignordoquy, arboricultrice à Anhauze. “Les cassis, prêts à être récoltés, ont cuit sur pieds et les mûres en cours de récolte aussi. Les prunes ont pris des coups de soleil et je risque de ne pas pouvoir les vendre en frais. Cela ne m’était jamais arrivé justement parce que la canicule est arrivée très tôt cette année et avec des températures extrêmes.”
Mais au-delà de l’impact économique immédiat de telles pertes, c’est également une épreuve physique et morale importante que subissent les paysan·nes. Si l’on n’a de cesse de répéter que les conditions de travail et la rémunération en agriculture sont bafouées par des politiques publiques ignorantes de leurs réalités, les aléas climatiques viennent rajouter une pierre au poids des angoisses des producteur·ices. “Même en commençant tôt, de telles températures rendent le travail difficile, aussi bien physiquement que moralement. On se demande comment il faudra faire à l’avenir pour durer dans ces conditions” a témoigné Miren Oillarburu, maraîchère à Makea.
Pour faire remonter les dégâts de terrain à la DDTM, des données chiffrées sont nécessaires. Les syndicats paysan ELB et la Confédération paysanne Béarn invitent les paysan·nes à les informer des estimations des quantités de perte de récolte (poids et la valeur en euros) et de culture, de fourrage, les espèces concernées, la quantité de surface touchée, ainsi que de leur faire parvenir des photos à l’adresse : faustine.elb@gmail.com
Pas de restriction d’eau
Lors du comité sécheresse tenu par la préfecture mercredi 24 juin, l’heure n’était pourtant pas à la restriction. Selon Météo France, la Nivelle et le Saison sont en vigilance, avec des seuils proches des minimums jamais vus. L’humidité du sol devrait atteindre le record sec probablement jamais enregistré dans le département. Les paysan·nes d’ELB, présent·es en visio au comité, militent “pour qu’il n’y ait pas de restriction d’eau pour la production alimentaire. Mais il faut impérativement prendre des décisions responsables comme interdire de remplir sa piscine ou de nettoyer sa voiture” insiste Mirentxu Doyenard, pépiniériste à Senpere. Les paysan·nes ont en effet l’amer souvenir de restrictions d’eau incohérentes lors de la sécheresse de 2022, où il n’était pas possible d’irriguer les cultures en journée. “Il faut bien produire pour se nourrir. Le problème n’est pas l’agriculture, mais bien la gestion de l’eau” poursuit Mirentxu, évoquant les quantités énormes d’eau accaparées pour le tourisme et les loisirs.
Les épisodes de forte chaleur induisent ainsi la problématique de la gouvernance de l’eau. En ce sens, au Pays Basque, des solutions sont recherchées pour renforcer l’autonomie en eau sur les fermes. En partenariat avec ELB, EHLG, BLE, la SCIC Garro, l’Agence de l’eau et la CAPB, un poste de technicien·ne en maraîchage biologique est en cours d’élaboration, dont l’une des missions sera un diagnostic sur le sujet. Par ailleurs, une station expérimentale en maraîchage verra le jour à l’automne sur la ferme de Garro à Lekorne.
Exonération de redevance
Depuis le 1er mars 2026, la redevance sur la consommation en eau potable, facturée à 0,32€/m3, est exonérée pour les usages d’irrigation agricole,
productions végétales incluses, à condition d’avoir un comptage spécifique (compteur vert agricole), qu’aucune autre solution ne soit techniquement ou économiquement possible et dans la limite de 20 000 m3 facturés par année civile.
Si vous êtes en productions végétales, assurez-vous que vous soyez bien exonéré·es de la redevance.
Si vous n’êtes pas équipé·es d’un compteur vert agricole, vous pouvez en faire la demande sur le site de la CAPB.
