Mobilisation

Laborantza herrikoiak eskuin muturrari
buru egiten dio
Frantses kanoia enpresak « euskal bankete » bat Biarritzen antolatu nahian,
mobilizazioa zabaltzen da eskuin muturreko ekitaldi horren kontra.
L’agenda ne manque pas d’événements au Pays Basque : fêtes de villages, descente d’estives, festivals de musique et de théâtre… Si les week-ends sont peut-être moins denses à l’automne, le salon de Lurrama est un incontournable. Cette année cependant, un autre événement fait tache. Quelques semaines après que paysan·nes et citoyen·nes aient organisé un rendez-vous fédérateur autour de l’agriculture paysanne et locale, d’une alimentation saine, du partage des ressources et des richesses, en célébrant leur culture et l’idée d’un Pays Basque solidaire et souverain, une entreprise française projette de disséminer des idées réactionnaires sous couvert d’organiser un “banquet” qui n’a de traditionnel que le nom.
Le “Canon français”, société d’événementiel, organise depuis 2021 des “banquets” aux quatre coins de l’Hexagone et compte réunir plusieurs centaines de “ripailleurs” le 28 novembre prochain à Biarritz. L’origine de l’approvisionnement de ce repas vendu aux client·es comme “local” reste à ce jour inconnue. Le syndicat ELB s’est positionné clairement contre l’entreprise, aux côtés du collectif Vigilance Syndicale Antifasciste 64 réunissant plusieurs organisations qui luttent pour la faire annuler.
Canon ou gros boulet
Le Canon français est à la base un petit projet de “start-uppers” créé “entre copains”. Du moins, c’est comme ça que les créateurs souhaitent le présenter. Dirigé par Géraud de la Tour et Pierre-Alexandre de Boisse, deux nobles royalistes, l’entreprise, avec à sa charge sept salariés, souhaite répandre “la convivialité” pour les “bons vivants” en prévoyant “plus d’1kg de nourriture par personne”. Si les organisateurs nient leur lien avec le milliardaire d’extrême droite Pierre-Edouard Stérin, c’est pourtant ce dernier qui a récemment racheté BLT investissement, l’entreprise qui détient Le Canon français. Stérin est surtout connu pour son projet Périclès (Patriotes Enracinés Résistants Identitaires Chrétiens Libéraux Européens Souverainistes), un plan politique et financier visant à octroyer des victoires électorales à l’extrême droite. Dans sa bataille d’opinion, finançant des évènements et associations réactionnaires à l’agenda fascisant, le rachat d’une telle entreprise n’est ainsi pas anodin.
Avec en moyenne trois banquets par mois en cinq ans, le Canon français témoigne plutôt d’une tentative de banalisation des discours d’extrême droite. En effet, les “dérapages” occasionnés pendant les précédentes éditions révèlent la teneur réelle de ces rencontres et les profils de personnes qui s’y rendent. Ainsi, plusieurs médias ont relevé les propos racistes, homophobes, transphobes et sexistes tenus pendant ou en marge des festivités entre autres saluts nazis des convives. Au Pays Basque, les réseaux sociaux ont été l’arène de débats qui confirment la tendance réactionnaire de la manifestation, dont la critique en irrite plus d’un. Les tags apparus fin août à Ainiza en sont un autre témoin : en réaction au message “Canon français kanpora”, ont été aussitôt rétorqués des tags appelant à voter RN. Difficile donc de ne pas lier l’événement franchouillard folklorisant la culture basque à une tendance politique marquée à l’extrême droite…
Le syndicat ELB s’est positionné clairement contre l’entreprise, aux côtés du collectif Vigilance et Initiatives Syndicales Antifascistes (VISA 64) qui lutte pour faire annuler l’événement.
Canon français kanpora
Si l’occasion se veut être “un grand banquet festif” pour les locaux, avec le billet d’entrée à 80 euros, le public visé semble plutôt être un public aisé. En Euskal Herri, où les zikiro et fêtes de village se déroulent tout au long de l’année, et alors que Lurrama aura eu lieu à peine trois semaines auparavant, l’arnaque ne prend pas. Le collectif VISA 64 organise la riposte. “Sous couvert de défense du « terroir » et des « traditions », ces banquets pseudo-populaires ont déjà été, à de nombreuses reprises, le théâtre d’agissements racistes et sexistes, de gestes et de chants nauséabonds à la gloire de l’idéologie nazie” a ainsi dénoncé le collectif. Ce dernier a mis en ligne une pétition ayant déjà réuni 2726 signatures afin d’informer et de mobiliser les citoyen·nes contre ce banquet.
Le débat s’est également introduit à la mairie de Biarritz, à qui VISA 64 a adressé un courrier resté à ce jour sans réponse. Les opposants au Canon français appellent la mairie “à prendre ses responsabilités” face à un événement qui n’a rien à voir avec le rendez-vous festif dont il veut prendre l’apparence.
Pour une agriculture paysanne et antifasciste
Dans un contexte de montée des idées fascistes, l’extrême droite ne s’est jamais montrée aussi clairement en opposition à l’agriculture paysanne, locale, et au maintien de paysan·nes heureux·ses et nombreux·ses. L’exemple le plus récent est sans doute le vote du Rassemblement National en faveur de la loi d’urgence agricole, porteuse d’une agriculture industrielle, de l’accaparement des ressources par quelques uns ou encore de l’empoisonnement massif des paysan·nes et consommateurs·rices (sur 296 voix pour, les 122 voix du RN ont permis à la loi d’être votée en juillet dernier).
Face aux politiques réactionnaires qui mettent en danger notre société, les paysan·nes ont aussi leur mot à dire. Si ELB s’oppose à la tenue de ce banquet d’extrême droite, c’est parce que le syndicat défend des valeurs de tolérance et de solidarité. Herriko Garagarnoa aussi a exprimé son opposition. L’association appelle ainsi les malteurs et brasseurs de la filière à boycotter l’événement et à ne pas fournir le Canon français en bière locale. “Nous ne voulons pas que la marque Herriko soit associée à ce genre d’événement, et on espère que d’autres filières suivront le mouvement. Pas de bière Herriko pour les fachos !” a déclaré Florian Aphecetche, président de l’association.
