Brebis laitière

ASSEMBLÉE DE L’INTERPRO :
LE BILAN DE LA CAMPAGNE
Interpro ardi esne kanpainaren ohizko bilana iragan da Urdiñarben, irailaren 18an.
Zifre anitzetako bilkura bat nun debaterik ez den izan.
Il fallait être doté d’une ouïe formidable pour suivre, vendredi dernier, l’Assemblée générale de l’Interprofession du lait de brebis du 64. Alors que l’Association fêtait ses 40 ans d’existence aux côtés du Centre Ovin (l’AG était suivie d’une visite du nouveau centre d’insémination artificielle du CDEO), plus de 200 personnes se sont pressées dans la salle du restaurant le Chistéra à Ordiarp pour écouter notamment le traditionnel bilan de campagne laitière. La désastreuse sonorisation de la salle donnait presque le sentiment que le débat n’était pas le bienvenu à cette grande messe, où étaient invité·es bon nombre d’élu·es, la préfecture mais aussi France brebis laitière (FBL). Derrière les apparences, l’absence de débat sur la structuration d’une filière favorable aux industriels et exploitant les paysan·nes s’est fait sentir.
Campagne laitière
La présentation des données de la campagne laitière est le moment de tenter de déchiffrer les dynamiques à l’œuvre sur le bassin. Avec 61,2 millions de litres, la collecte de lait de brebis est en hausse de 2 % pour la campagne 2024-2025, une croissance progressive anticipée suite à la forte chute causée par l’explosion des coûts de production en 2022-2023. Le pourcentage de lait collecté en AOP, de 73 %, est identique à celui de l’année passée. La livraison moyenne par producteur est de 54 600 L, soit une hausse de +5 % (comparable à la livraison d’avant 2022-2023). 77,7 millions de litres sont transformés sur le bassin (dont 2,9 millions en lait cru), témoin de l’import de lait à bas prix issu d’autres bassins par les industriels (20 millions de litres cette année, soit 4,2 % de plus que l’an passé pour 3 millions de litres de sortis du bassin). Avec 56 % du lait transformé en PPNC “pur brebis” (contre 30 % d’AOP), les industriels organisent une concurrence directe à l’Ossau-Iraty sur le bassin, profitant dans le même temps de la notoriété et de l’image du fromage d’appellation. La transformation fermière de son côté stagne à environ 15 millions de litres transformés depuis 2020.
Les prévisions pour la campagne en cours projettent une hausse de 7 % de la collecte (64,9 millions de L) pour 2026, sans doute boostée par la douceur de l’hiver. L’Interpro prévoit également une augmentation potentielle de 7 % des stocks de fromage, alors que la consommation déclinerait.
Plus de lait, pas plus de revenus
Ce que ces chiffrent montrent, c’est avant tout que depuis 40 ans que l’Interprofession existe, la collecte a plus que doublé (les chiffres “disponibles” les plus anciens, de 1998, sont de 34,3 millions de L) tandis que le nombre de producteurs·rices a été divisé par deux (2088 points de collecte en 1998 pour 1125 aujourd’hui – 26 de moins lors de la dernière campagne). Produire toujours plus en étant toujours moins d’éleveurs·ses donc, et pour quels résultats ? Les dernières données de l’Observatoire économique sont sans appel : sur les 136 fermes suivies d’années en années (de 40 ha en moyenne, elles ne représentent pas très fidèlement la ferme type d’Iparralde), seul·es 19 % de livreurs·ses se rémunèrent au Smic, et seul·es 6 % touchent plus de 1,5 Smic en 2025. Les dirigeant·es des laiteries accepterait-ils·elles de travailler pour une telle rémunération ? Un élément qui devrait, sans doute, être abordé dans une assemblée comme celle qui s’est réunie vendredi dernier. L’Interpro note une évolution du prix du lait de + 3 % en moyenne cette année (contre + 6 % l’année dernière), insuffisante pour assurer un revenu juste aux éleveurs·ses.
Qualité du lait
Le taux de matière sèche utile moyen enregistre cette année une baisse de – 0,6 % (- 1,1 % de MG et – 0,1 % de MP) pour une MSU de 123,6g/l pour les livreurs·ses et de 124,3g/l pour les fermiers·ères, sur lequel les fortes chaleurs et avec elles la baisse de l’ingestion pourraient avoir un effet. Cette année encore, la présence de spores butyriques des livreurs·ses de lait est en forte hausse de +8 % pour atteindre 1 587 spores par litre contre 380 sp/l pour le lait fermier. Alors que les spores butyriques étaient de 1031sp/l en 2022, leur augmentation inquiétante de + 53,93 % en quatre ans n’a pourtant pas été un sujet à l’AG. Interpellée par la salle sur les liens avec l’utilisation d’aliments fermentés, l’Interpro, soudainement timide, répond qu’une “une frange de producteurs, souvent les mêmes, ont des seuils élevés”. La sobriété sur le sujet, par rapport à l’importance donnée à la légère baisse de matière protéique, interroge.
Et les industriels ?
Si le travail des paysan·nes est tous les ans passé à la loupe – et c’est heureux – les grands absents des chiffres sont bien les industriels, dont on ignore la qualité des fromages et le détail des ventes. Or, comment maîtriser la bonne santé d’une filière sans avoir une vue précise de son ensemble ? Le besoin d’un observatoire de l’aval a été souligné par EHLG, pour la première fois invité à cette AG.
