Limousin
“Au-delà de sa rusticité,
on aime son caractère vif”

Eléa Lascourrèges Millevaches goi-ordokian plantatu da GAECan, ardi buru beltzekin,
Euskal Herrian hazkuntza ikasi ondotik.
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Peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Eléa. Je suis installée depuis un an et demi sur le Plateau de Millevaches, dans la montagne limousine, sur une ferme collective, à trois dans un GAEC avec des brebis allaitantes, des brebis laitières manex têtes noires et du maraîchage. Avant ça j’ai fait des études d’ingénieure agronome. Ce n’est pas l’école qui m’a donné envie d’être paysanne, mais plutôt tout ce qu’on a discuté pendant ces années d’études qui m’ont amenée à choisir cette vie-là.
Comment t’es-tu installée ?
On a repris une ferme bien plus grande que notre projet initial (on voulait s’installer en brebis laitières et maraîchage), mais qui avait l’avantage d’avoir une grande surface et beaucoup de potentiel. Il y a aussi le confort économique qui vient avec les aides PAC, du fait que nous sommes en zone montagne. Il a donc fallu reprendre l’atelier de brebis allaitantes de cette ferme. Ça a été difficile de se former, tout en continuant le travail collectif et l’installation. Au début, on avait prévu de faire tous un peu de tout, du maraîchage comme de l’élevage, mais dans les faits, les deux ateliers sont séparés, puisque nous sommes deux éleveur·ses sur les trois, et que tout le monde est submergé par sa propre charge de travail.
Cela fait un an et demi qu’on est installé·es, et maintenant qu’on a l’impression d’avoir bien pris en main le troupeau allaitant, on souhaite faire des modifications pour que cela corresponde davantage à notre système. On est très content·es du chemin qu’on a pris, même si l’atelier laitier a été un peu ralenti, car la fromagerie n’est pas encore prête. Les travaux sont en cours. Notre première saison laitière sera le printemps prochain. On compte tout transformer.
Vous avez choisi des têtes noires ?
On avait déjà choisi l’endroit d’installation avant de venir au Pays Basque pour se former comme salarié·es agricoles. Je pense qu’on savait déjà qu’on voulait des manex têtes noires, parce qu’on avait des voisin·es installé·es avec cette race-là. Le fait d’avoir des terres pauvres, qui nécessitent une brebis rustique, a aussi guidé ce choix. On préférait un troupeau peut-être plus grand, avec peut-être moins de lait, plutôt qu’avoir 40 lacaunes dont il faut prendre beaucoup soin et qui demandent beaucoup de travail. La tête noire a été un choix stratégique, mais aussi, au-delà de sa rusticité, parce qu’on aime bien son caractère assez vif. On a donc décidé d’aller se former au Pays Basque et d’y acheter un petit troupeau que l’on a monté en Limousin.
Et comment vous commercialisez ?
On vend les agneaux à la coopérative pour l’instant. Avec toutes les exigences qu’il y a en termes de conformation des agneaux et de modèles d’élevage, on va essayer de les vendre plus en direct, mais pour l’instant ça fonctionne comme ça. On vend les légumes en direct et en circuits courts à des épiceries associatives et des petits restaurants. Ces endroits suivront peut-être aussi pour le lait.
Vous êtes en cercle 1 sur la prédation…
Je trouve que c’est un sujet qui n’est vraiment pas facile. Il y avait déjà 4 patous installés sur la ferme à notre arrivée. Ce n’est pas évident mais ils sont bien utiles et on a de la chance qu’ils soient très bien socialisés. Être en cercle 1, grâce aux aides, permet d’embaucher et d’acheter du matériel, mais je trouve qu’il manque un accompagnement psychologique. Je pense aussi que ce système fonctionne bien sur des modèles comme le nôtre, de nouveaux arrivants, mais ce n’est pas l’avis de tout le monde. Pour certain·es, si tu acceptes ces aides, c’est que tu es d’accord pour que le loup soit ici, alors que ça nous arrangerait bien qu’il n’y soit pas du tout. On sait que c’est plein de paradoxes. Et encore, on ne s’est pas fait prédater cette année, l’année dernière oui. Je pense que la question n’est pas la même pour les voisin·es qui l’ont été.
« À la charge que représente l’installation, s’ajoute le vertige de ne jamais trop savoir où l’on va.«
Eléa Lascourrèges
Comment avez-vous vécu la sécheresse ?
Sur le maraîchage, nous avons manqué d’eau. On est raccordé au réseau, mais on est en train de refaire un captage d’eau, avec un système de réserve. On va aussi réfléchir à comment réduire notre consommation.
Côté élevage, ça pose plusieurs questions. Cette année, on a dû vendre nos agneaux en maigre parce qu’il n’y avait pas d’herbe. Il y a aussi la question de l’équilibre des tourbières. La molinie est la ressource phare sur laquelle on repose en été. Avec la sécheresse, il y en aura de moins en moins. C’est inquiétant pour la ressource que ça représente. Sur le fourrage, on n’a pas fait assez de foin. On a dû en acheter au voisin. On ne sait pas trop ce que ça va donner pour la suite, donc on a diminué le chargement.
Il faut faire avec tous ces paramètres. À la charge que représente l’installation, s’ajoute le vertige de ne jamais trop savoir où l’on va. À un moment de ton installation, tu as envie d’atteindre le stade des ancien·nes, qui ont leur modèle et ça file. On a la chance d’arriver dans le métier et d’être encore assez malléables, mais j’espère qu’il va y avoir une stabilité qui va s’installer.
Et puis au rythme des départs en retraite, il faut réussir à rendre l’installation agricole désirable. Après un an et demi, j’aimerais pouvoir dire à d’autres de foncer, mais j’y vais avec plus de pincettes. Je pense qu’il faut que l’on continue plus collectivement. Que ce soit un travail qui repose sur beaucoup d’épaules. Il y a tout un modèle à réfléchir.
