Catastrophe naturelle
TEMPÊTE NILS : DÉGÂTS SANS SOLUTION

Nils ekaitzak kalteak egin ditu etxaldeetan, bereziki baratzezainentzat.
Gertakari klimatikoak emendatzen badira, aterabide administratiboak guti dira.
On annonçait des bourrasques pouvant atteindre les 150 à 160 km/h sur la Côte Atlantique. À Pau, le vent a atteint 145 km/h selon météo France. La tempête Nils aura soufflé un vent de désastre pour de nombreux·ses producteur·ices dans la nuit du mercredi 11 au jeudi 12 février dernier. Des dégâts sur neuf fermes du Pays Basque Nord ont été pour le moment comptabilisés, et plusieurs dizaines en Béarn. La Gironde et le Lot-et-Garonne sont maintenant sous l’eau, du fait des crues. Sécheresse, grêle, inondations, tempêtes… Ces aléas climatiques se densifient ces dernières années. Une situation qui laisse les producteur·ices impuissant·es alors que les dispositifs d’aide exceptionnelle ne sont pas à la hauteur. ELB appelait à “une réaction d’urgence des pouvoirs publics” soulignant un “enjeu de souveraineté alimentaire du territoire”.
De nombreux dégâts
Plastiques de serres troués, arrachés, envolés et donc à remplacer… La tempête Nils n’a épargné personne, de Mendionde à Domezain, de Saint-Pée-sur-Nivelle à Bayonne. Dans le Béarn, les dégâts ont même été plus graves, endommageant les structures de serres et coupant l’électricité sur les fermes et dans les maisons. À l’entre-saison, les cultures sont mixtes. Les plantations d’hiver ont donc été lourdement endommagées. Mais cela retarde également les prochaines cultures, puisque les travaux de remise en état des serres va prendre du temps. ELB invitait les paysan·nes touché·es par cet épisode à prendre des photos des dommages subis sur les fermes et à envoyer au syndicat l’estimation des dégâts causés par la tempête, afin de les communiquer à la DDTM.
Assurer pour protéger
Difficile à l’heure actuelle d’anticiper la suite des cultures pour les maraîcher·es touché·es. Cela représente à coup sûr une charge de travail supplémentaire et implique inexorablement des retards dans les prochaines productions. Seulement, sur une ferme maraîchère, les cultures ne sont pas assurables, et même si les serres peuvent l’être, la plupart ne le sont pas pour de multiples raisons. “L’assurance a d’ores et déjà confirmé qu’elle ne ferait rien pour les cultures. Pour les serres, si elles sont d’occasion cela ne vaut pas la peine de les assurer et pour les neuves, leur valeur baisse très vite et ne valent déjà presque plus rien au bout de trois ans” explique Andoni Daguerre, maraîcher à Gamarthe et membre de Landare taldea à ELB. “On est abandonné·es.”
Le système d’assurance pour les productions végétales est en effet largement à leur désavantage. Le 1er janvier 2023, entrait en vigueur la réforme de l’assurance récolte, ou assurance multirisque climatique. Désormais, les pertes de récolte relèvent uniquement de l’ISN (indemnisation de solidarité nationale) si les cultures ne sont pas couverte par un contrat d’assurance. Seulement, le seuil de déclenchement de l’ISN varie selon les filières : 50% de pertes de récolte pour les grandes cultures, les cultures industrielles, les légumes et la viticulture, et 30% de pertes pour l’arboriculture, les petits fruits, les prairies et les cultures spécialisées. Des taux de perte extrêmement haut pour la réalité de petites fermes. Suite à un aléa climatique, les producteur·ices redoublent souvent de travail pour assurer leurs ventes. Les pertes et coûts, pourtant bien réels, sont ainsi difficilement justifiables sur le papier. Une situation à laquelle ELB répond par la demande de déclenchement du processus de calamités agricoles: “nous appelons d’ores et déjà l’État à reconnaître l’état de catastrophe naturelle et à enclencher le processus de calamités agricoles pour limiter au plus vite les pertes économiques des fermes.”
Un plan au long court
“Ce qu’il faut pour protéger nos fermes est un plan au long court” a déclaré Andoni Daguerre. Si la tempête Nils a mis en exergue ce que les paysan·nes déplorent depuis des années, elle est aussi un argument de plus pour réclamer des mesures concrètes. ELB et la Conf’ Béarn avait déjà demandé à rencontrer la DDTM afin de travailler à l’élaboration d’aides plus adaptées à la réalité des producteur·ices. “Nous sommes prêt·es à nous battre pour notre métier mais nous n’allons pas détruire nos vies pour autant. Si nous voulons manger des légumes locaux, il faut assurer et protéger les cultures et les producteur·ices.” conclut le maraîcher. La délégation syndicale rencontrera les services de l’administration le mois prochain, espérant, d’ici là, une accalmie dans le monde paysan.
