Hendaia
“Le pays basque manque
de maraîcher·es”

Édouard Stienne Hendaian plantatu da, Legarraldea etxaldean, bere Kabotxa etxaldea sortuz. Baratzegintza dibertsifikatuan ari da.
Comment t’es-tu installé ?
Je suis maraîcher en bio à Hendaye, sur la ferme Legarralde. En arrivant au Pays Basque il y a cinq ans, j’ai eu envie de revenir à ma passion pour les légumes. J’ai donc visité la ferme maraîchère d’Alatz Elcano à Saint-Jean-de-Luz et ça m’a plu. J’ai poursuivi dans cette voie en faisant des stages puis le BPREA en maraîchage bio à distance. En voulant approfondir le côté pratique et le réseau local, j’ai eu l’occasion de faire la formation “Entreprendre en Agriculture Paysanne” avec Trebatu. Pendant la formation, il y a eu l’appel à candidature sur la ferme Legarraldea, en mai 2024. Ça tombait bien car j’étais accompagné à ce moment-là. Patrick Larrondo laissait cette parcelle et j’ai obtenu le droit de la cultiver. Je me suis officiellement installé en février 2025 et j’ai fait mes premières plantations en avril 2025.
Peux-tu présenter la ferme ?
J’ai créé ma ferme, Kabotxa, sur celle de Legarraldea, qui est d’environ 11 hectares. Il s’agit de terres agricoles que la ville d’Hendaye a souhaité préserver. Avec Adrien Gueriteau, que j’ai rencontré quelques semaines avant de candidater, on s’est mis d’accord pour partager la parcelle et j’ai récupéré 1,5 hectares. Patrick m’a revendu ses serres, ce qui était pratique car elles étaient déjà installées. J’ai aussi pu racheter son tracteur et quelques outils. Je me suis aussi équipé des outils de base : broyeur et herse rotative, les classiques du maraîchage.
Mon système est comme ce qu’il se fait ici : mécanisé, avec des planches de 40 mètres pour être plus efficace. Je privilégie la toile tissée, le goutte à goutte sous serre et pas d’irrigation en plein champ. Cette année, je reprends le marché en mai, et d’année en année je vais prolonger la saison, toujours en gardant une pause hivernale d’à peu près deux mois. Finalement, je me suis inspiré de ce que j’ai pu voir sur les autres fermes et cela me convient. Il vaut mieux s’inspirer de modèles qui fonctionnent plutôt que de tout réinventer.
Avec les autres paysan·nes de Legarraldea, nous avons participé à un projet avec des scolaires et l’association Arbre et Agriculture. J’ai planté une haie le long des serres afin de les protéger du vent du sud. C’est une haie diversifiée avec une dizaine d’essences. J’en ai profité aussi pour planter quelques arbres afin de faire de l’ombre au niveau des conteneurs de stockage des légumes. J’ai également planté quelques fruitiers pour un petit verger : pommiers, poiriers, pruniers, abricotiers, pêchers, avocatiers et des agrumes.
“Il vaut mieux s’inspirer de modèles qui fonction-nent plutôt que de tout réinventer”
Édouard Stienne
Comment t’organises-tu ?
Je suis en maraîchage diversifié, donc je produis tous les légumes imaginables et qu’on a envie de voir sur un étal de marché. J’essaye de varier la gamme, avec une spécificité de quelques légumes de variétés japonaises.
J’ai un rythme simple. Le lundi je reprends la semaine doucement, en faisant les choses planifiées et selon les priorités. Le mardi matin je récolte et les paniers sont disponibles à partir de 14h. Le mercredi et le jeudi je me consacre à la partie production et à l’entretien des cultures. Le vendredi est la grosse journée de récolte pour le marché de samedi, marché qui me prend la journée. Je tiens à garder mon dimanche pour être avec ma famille. Il faut quand-même s’adapter selon les jours, du fait de la météo et des urgences à prioriser. Je trouve que c’est toute une gymnastique à avoir lorsque tu es maraîcher diversifié et seul, puisqu’on ne peut pas tout faire.
Pour la commercialisation, je fais le marché d’Hendaye le samedi, la place ayant été laissée libre par Patrick. Il n’y avait pas d’autre maraîcher bio donc il y avait une attente. Au début ce n’était pas évident car je n’étais pas bien placé mais en persévérant les client·es se sont approché·es et sont satisfait·es. Je fais aussi des paniers à venir récupérer à la ferme tous les mardis. J’aimerais bien dégoter deux-trois restaurants pour compléter mes débouchés, même si je privilégie la vente aux particuliers.
Comment s’est passée la formation avec Trebatu ?
J’ai trouvé ça très utile pour mes besoins de m’insérer dans le réseau paysan et acquérir plus d’expérience. Je me suis aussi senti préparé à l’installation en travaillant le prévisionnel. Le fait d’avoir fait le BPREA a été complémentaire. Le fait d’être en groupe aussi crée une émulsion où nous sommes content·es de nous retrouver entre nos stages et d’échanger.
Je me suis installé par vocation car j’ai cette passion des plantes, mais le Pays Basque manque de maraîcher·es, il suffit de regarder les statistiques. D’où l’importance d’installer plus de paysan·nes sur la côte et de préserver les terres. Il y a quand-même des initiatives qui se développent, aussi de la part des mairies qui accompagnent à l’installation.
