Santé mentale
FACE AU MAL-ÊTRE,
DENSIFIER LE RÉSEAU DE SOLIDARITÉ

Osasun mentalaren gaia oraindik tabu bat bada ere, egituren arteko lan bateratu bat egiten da laborarien gaizki-izatea laguntzeko.
Ces dernières années, le sujet de la santé mentale a pris le devant de la scène. Elle a notamment été désignée Grande Cause nationale en 2025 par le gouvernement français. Lorsqu’en 2017, une personne sur 20 déclarait avoir déjà eu des pensées suicidaires, le sujet fait pourtant encore partie des tabous de notre société. La population agricole est particulièrement exposée au risque de mal-être.
Pour prévenir ces risques, le gouvernement a établi fin 2021 un Plan de Prévention du Mal-être Agricole (PMEA). Jeudi 21 mai, suite à l’assemblée générale annuelle de SOS Indartu, une réunion d’information sur ce plan de prévention était adressée aux paysan·nes et aux acteur·ices des structures agricoles, en présence des salariées MSA en charge de la cellule mal-être. Au-delà des seules structures en charge directe de la prévention du mal-être, l’objectif est de renforcer un tissu dense de personnes capables de reconnaître les signes de détresse chez les paysan·nes, parmi l’entourage proche ou plus lointain, et permettre ainsi une meilleure prise en charge dès les premières difficultés.
Le mal-être est multifactoriel
C’est un phénomène complexe et global qui peut affecter tout un chacun. En agriculture, on assimile souvent le mal-être à des difficultés économiques. Pourtant, la réalité est plus variable et les raisons de cet état peuvent ne pas toujours être visibles. Ces raisons sont multi-factorielles : qu’elles soient sociales, économiques, familiales ou autre, elles sont aussi bien les sources que les conséquences de cet état. Le danger arrive à son paroxysme avec l’apparition de pensées suicidaires, voire le passage à l’acte. La population agricole est dans ce cas sur-représentée dans les statistiques. Une étude publiée par la MSA en 2019 et portant sur des données de 2015 fait état d’un suicide d’agriculteur·rice tous les deux jours, mais ce chiffre semble être sous-estimé.
Il est important de noter que parler de suicide n’est en rien incitatif. Au contraire pour les professionnel·les, cela permet de poser des mots et d’utiliser les bons termes afin d’évaluer les risques. Si parfois les proches ne sont pas toujours les mieux placés pour se rendre compte de la situation, il est dès lors important de créer un tissu de solidarité, un réseau de coordination, pour permettre un accompagnement qui répond au mieux aux besoins de la personne en danger.
Mobiliser le plus grand nombre
La multiplication des crises climatiques, sanitaires, économiques, sociales vont continuer à toucher de plein fouet le monde agricole. Au-delà d’une réponse collective coordonnée défendant les intérêts des paysan·nes, telle que celle portée par les syndicats paysans, il est également important d’activer en amont les leviers qui permettent de faire de la prévention sur la santé mentale. Au Pays Basque, SOS Indartu, antenne locale de Solidarité Paysans, fait un travail d’accompagnement des paysan·nes en difficulté. “Nous aidons les personnes à résoudre les problèmes au jour le jour, une urgence après l’autre, avant même de réfléchir à des solutions de long terme. Dès lors que l’on est aux côtés de celles et ceux en difficulté, c’est déjà en soi apporter une solution au mal-être” témoigne Peile Errezarret, membre de l’association.
À côté de cela, d’autres outils existent, tels que le dispositif Réagir, anciennement ERAF, un accompagnement personnalisé technico-économique et social coordonné par les chambres d’agriculture et la MSA, ou encore la cellule mal-être de la MSA. Mais pour que ces structures soient alertées et puissent proposer des solutions concrètes d’accompagnement, encore faut-il que les paysan·nes en situation de mal-être soient détectées.
Afin de renforcer ces outils, en 2021, suite à deux rapports étudiant les difficultés et le suicide en agriculture, la feuille de route PMEA a été communiquée par les ministres chargés de la santé, des solidarités, du travail et de l’agriculture. Elle propose d’agir simultanément sur toutes les dimensions du mal-être par la formation d’un grand nombre de personnes dans les territoires.
Pour cela, il existe le dispositif des Sentinelles agricoles, mis en place dans chaque département depuis 2015. Piloté par la MSA avec le soutien des agences régionales de santé (ARS), il a pour objectif de former des citoyen·nes au repérage des signes de détresse psychologique chez les paysan·nes et à les orienter vers un accompagnement adapté. Le réseau de sentinelles des Landes et des Pyrénées-Atlantiques compte à ce jour plus de 200 personnes volontaires. Un chiffre que la MSA espère augmenter afin de densifier le tissu de solidarité et ainsi améliorer le système de prévention face à une situation critique qui perdure.
Agri’écoute : 09-69-39-29-19
Aide au répit
Depuis 2017, le dispositif d’aide au répit constitue l’un des principaux moyens d’action de la MSA pour prévenir et accompagner les paysan·nes confronté·es à un risque d’épuisement professionnel. Il s’adresse aussi aux salarié·es agricoles, conjoint·es collaborateur·ices et aidant·es familiaux, et leur permet de prendre un temps de pause dans l’activité agricole ou bien pour pouvoir prendre soin de leurs proches. Le dispositif inclut un accompagnement social et financier, comme le remplacement sur la ferme (jusqu’à 112 heures pris en charge à 100%), des séjours de répit, des consultations psychologiques ou encore un accompagnement social.
Il connaît une grande progression, avec de plus en plus de paysan·nes qui y font appel. En 2024, 47 % des bénéficiaires de l’aide au répit ont eu recours à l’aide au remplacement. La même année, dans le cadre du PMEA, l’aide au répit administratif a été mise en place. Elle permet aux paysan·nes d’être accompagné·es par un assistant administratif, afin de réduire la surcharge administrative.
