Alimentation
LA SÉCURITÉ SOCIALE ALIMENTAIRE
COMME OUTIL DE CONVERGENCE

Elikartasuna, Urruñako elikadura kutxa, laborantxa herrikoian oinarritzen da.
Horrentzat, laborariak xerkatzen ditu proiektuan sartzeko.
“Un constat s’impose : en France, nous peinons aujourd’hui encore à mettre à l’abri de la faim, y compris en dehors de toute période de crise, alors que c’est du « droit à l’alimentation » dont il devrait être question dans une démocratie” exprimaient dans une tribune publiée dans les colonnes de Reporterre “des paysan·nes, agronomes, citoyen·nes, précaires, chercheur·euses, entrepreneurs, commerçant·es”, co-signée par ISF-Agrista et le Réseau Civam.
Si la crise alimentaire connue il y a de cela désormais six ans a mis en lumière la difficulté à se nourrir d’un grand nombre de personnes, la précarité alimentaire n’a eu de cesse de s’aggraver depuis. Selon les chiffres du CRÉDOC (Centre de Recherche pour l’Étude et l’Observation des Conditions de Vie), 16% de la population française serait “obligé de s’imposer des restrictions sur l’alimentation” (2024). Malgré l’absence de définition officielle de la précarité alimentaire et de statistiques publiques centralisées permettant un véritable état des lieux, la notion concerne “des difficultés d’accès à une alimentation suffisante, diversifiée et de qualité, prenant parfois en compte le respect des préférences alimentaires” (CRÉDOC).
Manger en quantité suffisante mais aussi de qualité, c’est ce à quoi l’initiative de la Sécurité Sociale Alimentaire (SSA) cherche à répondre, en promouvant un accès démocratique à l’alimentation à tous les échellons : production agricole, transformation, distribution, et consommation. Ce véritable “outil de convergence” pour la Confédération paysanne, permet d’échapper aux logiques capitalistes et libérales.
Répondre aux besoins de démocratie alimentaire
Le droit à l’alimentation a été consacré par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Malgré cela, la précarité alimentaire reste une problématique contemporaine. L’idée de la SSA est d’intégrer l’alimentation dans le régime général de la Sécurité sociale, avec les valeurs promues à l’époque de sa création en 1946 : universalité de l’accès, conventionnement des professionnel·les réalisé par des caisses gérées démocratiquement, financement par la cotisation sociale. Ainsi, cette initiative promeut une réponse coordonnée et ancrée dans les territoires, luttant contre les inégalités socio-économiques qui impactent la capacité à se nourrir.
Depuis 2019, les membres du Collectif pour une Sécurité sociale de l’alimentation travaillent à l’élaboration de cet outil. S’il n’est pas encore en place à grande échelle, l’initiative a pourtant essaimé à travers les territoires, avec plusieurs exemples de SSA en place, comme l’expérimentation menée par la ville de Montpellier, ou encore un marché solidaire à Dieulefit dans la Drôme.
Localement aussi le projet a fait naître un engouement : Elikartasuna, la Caisse Locale de l’Alimentation basée à Urrugne, travaille à la mise en place d’une SSA en Euskal Herri.
Elikartasuna
Composé “de personnes souhaitant un accès pour tous·tes à une alimentation choisie, de qualité, issue d’une agriculture locale respectueuse des écosystèmes”, cela fait désormais quatre ans que les membres d’Elikartasuna se réunissent et réfléchissent à la façon d’élaborer un projet solidaire d’alimentation locale. “Nous avions d’abord commencé à réfléchir entre quelques personnes d’Urrugne et des alentours” raconte Pantxika Halsouet, membre de l’association. “Pour cela, nous avons fait venir Jean-Claude Balbot (paysan retraité travaillant sur les questions de souveraineté alimentaire au sein du Réseau Civam), et avons visionné le documentaire La Part des Autres”. Un temps qui a permis de lancer un groupe de travail et de créer l’association.
Une des questions centrales que s’est posé le groupe : “comment faire travailler conjointement les paysan·nes et les autres publics ?” Car même si Elikartasuna s’inspire des statuts et des valeurs d’universalité, de financement et de cotisation sociale inhérentes à toute SSA, l’idée est bien celle d’ancrer le projet dans l’agriculture paysanne locale afin que consommateur·ices et paysan·nes se rencontrent. “Nous souhaitons que la caisse locale d’alimentation soit aux mains des cotisant·es et non des institutions pour assurer une dynamique locale et pas tributaire des changements politiques” explique également Pantxika Halsouet.
Fonctionnement
Basé sur celui de la sécurité sociale de la santé, le fonctionnement de la SSA est simple. Les adhérent·es cotisent à une caisse tous les mois au prorata de leurs revenus et du nombre d’unité de consommation de leur foyer (nombre de personnes à nourrir). Cela leur donne ainsi droit à un crédit social d’achat alimentaire dépensé sur le réseau de producteur·ices paysans, transformateurs et boutiques conventionnées par la caisse sociale. “150€ par mois, c’est un montant sur lequel nous nous sommes accordés pour dire qu’en dessous de celui-ci, il ne pouvait pas être possible de parler d’assurer le droit à l’alimentation” explique le Réseau de la SSA. Un prix longuement réfléchi et basé sur des études de consommation des foyers, dont celle de Nicole Darmont, nutritionniste, qui a démontré “qu’on ne pouvait avoir une alimentation équilibrée en dessous de 120€ par mois et par personne”. Les 30€ supplémentaires sont par ailleurs réfléchis au-delà de la simple nécessité, pour y intégrer une notion sociale de plaisir dans les aliments qui sont consommés.
Même si les chiffres sur les habitudes et capacités de consommation n’existent pas à l’échelle du Pays Basque, Elikartasuna se positionne dans la droite lignée de cette réflexion. Basée à Urrugne, elle s’est inspirée de la dynamique de la commune, composée d’environ 10 000 habitant·es. Si la caisse n’est pas encore en fonctionnement, les travaux sont avancés et l’association recherche désormais des paysan·nes et producteur·ices prêt·es à s’engager dans le projet. “Il reste maintenant à renforcer le réseau et peut-être même que d’autres caisses se créent en Iparralde” conclut Pantxika Halsouet.
Les paysan·nes au cœur de l’initiative
Pour la Conf’, socialiser l’alimentation permettrait de rémunérer le travail des paysan·nes, et de “sortir des fausses solutions de l’agro-industrie”. “En laissant le temps aux citoyen·nes de s’informer, en s’affranchissant de la contrainte économique pour envisager leur alimentation, nous faisons le pari qu’ils feront le choix d’une alimentation sans pesticides et d’une agriculture qui travaille avec la nature et ne détruit pas leur santé” affirme le syndicat paysan.
Pour Elikartasuna aussi, la SSA ne peut fonctionner sans paysan·nes, car il s’agit là de promouvoir l’accès à des produits issus de l’agriculture paysanne. Des producteur·ices participent ainsi à l’élaboration de la caisse alimentaire, à l’image de Maider Azarete, paysanne à Sare. Pour elle, “il faut que des paysan·nes prennent part au projet pour que des consommateur·ices participent”. L’enjeu pour l’association est alors de trouver des paysan·nes prêt·es à s’engager dans cette première phase d’alimentation solidaire. Pour Hegoa Mendiboure, éleveuse à Senpere, il s’agit d’un avantage pour les producteur·ices car ils·elles restent décideur·ses des prix. “Y participer est une démarche solidaire. L’alimentation est notre première pharmacie et c’est l’opportunité de donner accès à des produits de qualité à tout le monde.”
Conventionnement démocratique
La collecte des cotisations et leur utilisation dépend des caisses locales de SSA. Ainsi, ces caisses sont élaborées de façon autonome et démocratique puisque ce sont ses membres qui participent au conventionnement des producteur·ices qui fournissent les cotisant·es. “Nous devons faire confiance à la démocratie pour sortir des impasses actuelles, sachant que nul ne veut manger des produits dangereux pour sa santé et son environnement” rappelle la Conf’ dans ses travaux sur le sujet. Ce sont ainsi les habitant·es qui choisissent l’alimentation proposée et c’est le conventionnement qui permet d’assurer une orientation de la production, par l’élaboration de critères de qualité définis collectivement. Des critères ont déjà été travaillés à Elikartasuna, comme par exemple celui de l’agriculture biologique, de l’engagement dans des démarches locales, de respect de l’environnement ou encore de lutte contre les discriminations. Ainsi, l’agriculture paysanne est valorisée, en s’associant aux valeurs de la 7ème déclaration de La Via Campesina : “L’agroécologie paysanne est le fondement de notre proposition et de notre vision de la souveraineté alimentaire des peuples du monde… nous devons construire de nouvelles relations entre les travailleurs·ses des campagnes et des villes, de nouveaux canaux de distribution et de vente ainsi qu’un nouveau modèle de relations humaines, économiques et sociales, fondées sur le respect, la solidarité et l’éthique.”
Pour adhérer à l’association en tant que paysan·ne :
Contacts :
elikartasuna@gmail.com
HelloAsso :
elikartasuna.alimentationsolidaire
