Communiqué de presse – ELB – Conf’ Béarn
PROJETS AGRIVOLTAÏQUES :
DES PAYSAN·NES, PAS DES PANNEAUX !

Ainiza, le 17 juin 2026
La semaine dernière en Commission de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDpenaf), un avis conforme a été prononcé à la faveur d’un projet « agrivoltaïque » à Labastide-Villefranche dans le Béarn (production d’énergie solaire sur des terres agricoles) sur un espace clôturé de 51 ha pour une puissance de 13 MGW crête. Nous, paysan·nes d’ELB et la Conf’ du Béarn, qui siégeons à la CDPenaf, dénonçons cet accaparement déguisé de notre outil de travail !
La production d’énergie est strictement incompatible avec le travail de la terre. Elle constitue toujours une artificialisation et impose de fortes contraintes au travail des paysan·nes, impactant de fait la production agricole et alimentaire. Les « services » obligatoires rendus par ces installations à la production agricole sont un leurre, qui ne repose sur aucune étude valable et relève uniquement de la rhétorique (voir l’article publié dans le Laborari). Pour ce projet comme les autres, les « services » apportés sont un artifice pour sa justification. La panneaux risquent d’ailleurs de heurter les vaches selon leur positionnement, comme relevé dans le dossier.
L’agrivoltaïsme, en faisant intervenir un tiers aux intérêts divergents dans l’accès à la terre, constitue une atteinte à la liberté d’exploiter et une insécurité juridique très alarmante pour les paysan·nes. C’est le cas particulièrement ici : les paysan·nes en place renoncent à leur bail fermier, seule véritable protection dans l’accès locatif à la terre. La commune et le propriétaire signent un bail emphytéotique avec la société de photovoltaïque (qui équivaut à une quasi-propriété), qui elle-même fera un prêt à usage aux paysan·nes, soit la plus précaire des mises à disposition : les paysan·nes peuvent perdre l’usage des parcelles à tout moment !
Alors que les critères d’évaluation de maintien de l’activité agricole sont excessivement flous (en particulier en élevage) et les contrôles extrêmement rares, la mise en concurrence de l’agriculture avec une production d’énergie hautement rentable qui empêche et contraint l’exploitation, représente une haute probabilité d’abandon de l’activité agricole à terme. Le discours qui consiste à considérer l’agrivoltaïsme comme une solution face à la problématique de revenus des paysan·nes est un leurre. Le revenu doit être le fruit d’une production agricole et nourricière justement rémunérée et non du développement d’infrastructures qui portent atteinte à notre métier.
En début d’année, en session Chambre 64, la FDSEA a voté une position en demi-teinte, actant qu’elle s’opposerait aux projets sur les terres à haute valeur agronomique ou irriguées. Alors que les énergéticiens veulent toujours plus, ces limites étaient vouées à êtres franchies. ELB et la Conf’ sont les seuls syndicats à s’opposer véritablement à l’arnaque de l’agrivolaïsme !
La Conf’ Béarn s’était par ailleurs mobilisée en 2024 contre le projet de Labastide-Villefranche. Les paysan·nes en place qui perdent leur fermage doivent changer leur système : les parcelles jusqu’alors en grande-culture passeraient en prairie pour le projet. On voit déjà l’impact de l’agrivoltaïsme sur les paysages et les exploitations ! Non à l’accaparement de la terre nourricière : des paysan·nes, pas des panneaux !
