Marienia
Les brebis pâturent,
le vente tourne

300 pertsona baino gehiago bildu ziren Marienian ekainaren 14an.
Arditegia eraiki dute eta elkarrekin antolatu dira lur horien babesteko.
“Kasu, ardiak kexu!” Sous une forte chaleur de début d’été, plus de 300 personnes se sont réunies dimanche 14 juin sur les terres de Marienia à Kanbo, à l’appel du syndicat ELB, de Lurzaindia et du collectif OSTIA. Une mobilisation “populaire et paysanne”, afin de poursuivre et de renforcer la lutte contre le projet immobilier de l’entreprise Bouygues sur les 3,7 hectares rendus constructibles en 2019 par la CAPB. Refusant d’opposer l’accès au logement au Pays Basque et la préservation des terres nourricières, “il faut repenser la manière de faire du logement” a affirmé Maryse Cachenaut, paysanne à Itsasu. Au-delà de la lutte contre le projet de bétonisation de ces terres, les paysan·nes souhaitent voir cette parcelle recouvrer son classement agricole dans le PLUi (plan local d’urbanisme infracommunautaire) et ainsi, son usage nourricier.
“Le vent a tourné”
Si jusqu’alors les liens entre les opposant·es au projet et la mairie de Kanbo étaient difficiles, “le vent a tourné” pour Dominique Amestoy, président de Lurzaindia. Les dernières élections municipales et communautaires ont laissé percevoir aux militant·es une possibilité de dialogue. “Nous percevons très positivement les échanges du maire avec toutes les parties prenantes dans l’optique de négocier l’abandon du projet” a communiqué ELB, tout en souhaitant “maintenir une pression populaire” pour enterrer définitivement le projet immobilier. Si la bataille juridique contre la bétonisation de Marienia n’est pas encore terminée, le syndicat affirme que “la solution pour la mise à l’arrêt définitive de l’urbanisation est bien politique”. Les militant·es attendent par ailleurs encore l’avis du Conseil d’État sur le permis de construire.
Brebis rebelles
“On sait d’où vient la violence” affirmait gravement Dominique Amestoy auprès de la presse. En effet, si la lutte a toujours été pacifique, les militant·es ont dû faire face à des offensives, comme le saccage des plantations collectives de l’année dernière, ou encore l’empoisonnement au glyphosate de la parcelle, substance hautement toxique, où du blé ancien avait été semé. C’est désormais au tour de brebis “rebelles” d’occuper les terres de Marienia. Pour contrer l’expulsion du paysan locataire qui exploitait la parcelle, et afin d’en maintenir la continuité de l’usage agricole, ELB a reconstitué un troupeau d’une cinquantaine de brebis de réforme, toutes données par des paysan·nes du réseau, qui désormais pâturent paisiblement la prairie aux côtés d’un âne. Cette action se joint à la mobilisation de dimanche dernier, qui a réuni les militant·es à Marienia dans une ambiance festive. Un chantier participatif a permis la construction d’une bergerie. “Marienia est un symbole de la lutte pour la préservation de la terre, pour une agriculture paysanne et une alimentation saine, produite localement” affirmait Xan Koskarat pour OSTIA. Une lutte que mènent conjointement depuis des années habitant·es des alentours et paysan·nes.
Rassembler les forces
Une assemblée de lutte s’est déroulée dans la matinée, réunissant différents collectifs mobilisés pour la préservation des terres nourricières, des forêts et des espaces naturels. Ainsi, les récits d’OSTIA ont cotoyé ceux de Lurzaindia, du Cade (à propos du projet de biokérozène E-CHO à Lacq et de la LGV), le collectif Latxague d’Anglet, ainsi que l’association bayonnaise Help. Le réseau EH Bizirik, une plateforme de collectifs en lutte en Hegoalde, est également venue rendre compte des projets qui détruisent leurs terres. Entre autres, il a dénoncé la multiplication de projets de panneaux photovoltaïques sur les terres agricoles, l’implantation de data center engloutissant le foncier, la multiplication d’usines de méthanisation ou encore l’intensification de projets éoliens en Araba. L’objectif de cette assemblée était ainsi de mettre en interconnexion les différentes luttes et créer ainsi un réseau dense et solidaire en défense de la terre.
