Mendia
La sécheresse inquiète les transhumants

Bortuaren garaia hasi da eta hazleak kezkatuak dira.
Idortearen eta beroaren ondorioz, belarra eta ura jadanik falta dira Euskal Herriko mendietan.
Les années passent et ne se ressemblent pas. La saison de la transhumance bat son plein, et avec elle les perpétuelles questions liées à la montée en estives côtoient les problématiques plus contemporaines et de saison. Cette année, les températures excessivement chaudes du début d’été viennent remettre la question de l’eau au sommet des montagnes, comme dans les plaines. Si la difficile sécheresse de 2022 avait forcé les commissions syndicales à prendre les devants et à aménager les espaces d’abreuvement et de sources pour éviter de recommencer le trafic des camions transportant l’eau sur les pistes, avec toute la logistique que cela demande et les coûts que cela engendre, la canicule de fin juin et les chaleurs qui persistent reposent la question d’une (in)suffisance d’eau pour les bêtes sur les hauteurs. Les paysan·nes sont inquiet·es du manque d’eau, mais également du peu d’herbe qu’il y a pour les troupeaux, en espérant pouvoir les maintenir en estives jusqu’au moins la fin de l’été.
Chiffres stables et montagne vivante
Si le nombre de troupeaux qui se déclarent en estives baisse peu à peu chaque année, les chiffres restent tout-de-même stables cette année. Et la stabilité est de mise également pour les commissions syndicales qui ont vu chacune la réélection de leur quatre anciens présidents. “Les chiffres sont à peu près les mêmes depuis l’année dernière” déclare Xabi Garat en Oztibarre, avec 11 696 ovins, 807 bovins, 94 équins et 85 caprins. En Pays de Cize, ce sont 290 éleveur·ses qui transhument, pour 53 000 brebis, 3000 vaches et 800 équins. La vallée de Baigorri aussi voit ses chiffres se maintenir, avec 200 éleveur·ses, 44 000 ovins, 1055 vaches, 477 chevaux et 657 caprins, tout comme en Pays de Soule, avec 225 éleveur·ses, pour 28 000 ovins, 2000 vaches et 340 équins. Une dynamique qui démontre toujours l’attractivité et l’attachement qu’ont les éleveur·ses à la transhumance, malgré la problématique de la transmission qui interroge toujours l’avenir des fermes, mais aussi des estives.
Manque de ressources
Si elle est dynamique, la montagne n’est pourtant pas épargnée par les aléas climatiques et souffre déjà des épisodes de fortes chaleurs qui se répètent. Manque de fourrage, prairies brûlées, l’eau qui vient à manquer… Les rares pluies des quelques jours n’aura pas eu le temps de soulager l’esprit des paysan·nes, qui voient l’herbe manquer en estives, comme dans leurs fermes. La crainte est généralisée à tous les massifs sur la ressource fourragère ou en eau.
“Il y a encore de l’herbe pour le moment, témoigne Henri Inchauspé, président de la vallée de Cize, même si on craint qu’il n’y en ait pas assez”. Même si les montagnes souletines sont encore vertes, le constat est le même pour Jacques Barreix, président de la commission syndicale de Soule. “La sécheresse arrive très tôt cette année. C’est déjà aussi sec qu’à la mi-août.” Un constat accablant pour tout le monde. “C’est un désastre” commente Michel Bidart en vallée de Baigorri.
Si le fourrage vient à manquer, l’eau est une autre paire de manches. La sécheresse de 2022 aura marqué les esprits. Les commissions syndicales ont depuis travaillé d’arrache pied pour prévenir d’une pénurie et éviter de devoir de nouveau ravitailler par camions les estives. Pour autant, certaines sources qui n’avait pas tari jusqu’alors commence à faiblir, comme en Soule, qui voit ses sources du côté de Larrau baisser, ou encore en Oztibarre, qui a déjà commencé à acheminer de l’eau par camions. “Nous avions déjà des craintes de manquer d’eau même si des travaux avaient été faits. Le fait est que des quelques cayolars qu’il y a chez nous, tout le monde transforme, et cela demande plus d’eau.” En Oztibarre, en 2022, 50 camions avaient été montés pour approvisionner les estives. En ce début juillet, ce sont déjà 11 camions qui ont été affrétés. “Avec les sources du Beltxu qui se tarissent rapidement, on se rend compte qu’il va falloir mener une nouvelle réflexion sur l’eau” conclut Xabi Garat.
Malgré cela, des projets sont mis en place pour pallier les manques et maintenir des espaces propices au pâturage des animaux. En vallée de Baigorri, un projet de plantations d’arbres sur certains endroits d’estives particulièrement nus a été initié. En partenariat avec l’ONF et les éleveurs·ses du secteur, l’idée est de reproduire des espaces d’ombre et de fraîcheur comme il se fait dans la nature.
Soutenir la transhumance
“Entre les maladies, les sécheresses, il est plus facile aujourd’hui de passer l’hiver que l’été” déplore Michel Bidart. En ce début de saison, la montée en estives, moment important pour l’équilibre des fermes, vient questionner la résistance du système transhumant face au changement climatique. “Si on veut maintenir et sauver la montagne, il faut aider celles et ceux qui transhument” insiste le président de la vallée de Baigorri. Une remarque en écho du président de la commission souletine, qui défend l’importance des aides de montagne, comme des MAEC pour le pastoralisme. “Avec la PAC qui se réfléchit pour les prochaines années, il faut que les politiques publiques aident les transhumants. C’est d’intérêt général” insiste Jacques Barreix.
